Le Miroir de l'Urobore

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 6 mai 2006

Ouverture occulte : une clef pour l'homosexualité, l'Union avec la Mère universelle

Homosexualité et Tarot

La première chose qui frappe, quand on regarde la lame 19 du Tarot, c'est cette ressemblance avec la photographie de ces deux hommes.

Soyons clairs d'emblée : cette lame n'expose en rien l'homosexualité, ni n'est même "dédiée" aux homosexuels. Il ne s'agit pas, non plus, de considérer que l'homosexualité serait une étape initiatique que tout individu devrait passer dans ses incarnations. Ceci serait une erreur.

Néanmoins, pour son caractère symbolique, la lame 19 du Tarot renferme une clef pour la réalisation de l'initiation chez les homosexuels. Pour être exact, cette lame apporte à la compréhension de l'homosexualité une lumière intéressante : d'une part, dans quel cadre l'amour homosexuel peut s'inscrire et, d'autre part, quelle solution est apportée aux homosexuels pour conserver le caractère initiatique de l'union des principes masculin et féminin.

Et cela car il faut retrouver, métaphysiquement, ce qui caractérise la recherche homosexuelle (bien que l'homosexualité, en tant que "réalité", en soit un aspect erratique, pourrait-on dire) : "le Mythe du Jumeau Défunt", ou l'union de ces deux principes d'Existence et "d'Existence avortée". Or, le cadre métaphysique du "caractère jumelé" se trouve justement incarné par la Lame 19 du Tarot, le Soleil, Castor et Pollux sous le "Cœur Central" qui anime l'Univers.

La Lame 19 d'un point de vue global


Ce que la Lame 19 exprime, fondamentalement, par le Centre de Lumière, l'Astre du Jour (le Soleil), n'est pas le "soleil" en tant qu'astre de notre système solaire, mais davantage le "Soleil Intérieur", le "Soleil Vrai", celui qui émane la Lumière de Vie pour l'Existence de notre Univers, mais également le Cœur Fondamental qui bat pour faire circuler les influx de vie dans les différents atomes de conscience universels.

Cette Lumière spirituelle est celle de l'Esprit qui emporte le combat sur la Matière. Mais c'est aussi la Mère Universelle, la "Divine Mère", comprendre la "Matière transcendée". Cette Lumière entoure de ses rayons (les "gouttes" de lumière qui descendent) l'Amour fondamental qui unit les deux êtres. Mais que symbolisent ces deux êtres ?

Par l'union de l'Amour et de l'Intelligence (symboliquement du principe masculin et du principe féminin), la Lumière Spirituelle accueille la Conscience qui a cheminé (et est devenue "active" vis à vis de l'Existence, donc "pro-créatrice"). On a donc l'Homme qui a "chuté" qui réintègre la Lumière Divine, principe "Féminin".

Lame 19 - Tarot - Le Soleil

A ce sujet, on notera deux versions fondamentales (entre autres). Si on s'attache au symbolisme du "Tarot de Marseille", qui est sans doute le plus dépouillé mais le plus authentique, ce sont deux jeunes enfants masculins qui s'unissent ("les Gémeaux", Castor et Pollux). Si on s'attache au Tarot des Imagiers du Moyen-Age, version élaborée par Oswald Wirth (un grand initié martiniste et franc-maçon du début du 20ème siècle), le couple est constitué d'un jeune homme et d'une jeune femme.

Ceci est très évocateur et met simplement en avant la même idée, exprimée de manière différente. Dans le cas du Tarot de Wirth, il s'agit de souligner l'union réalisée des deux principes essentiels (masculin-féminin / actif-passif), tout en mettant l'accent sur l'importance de se retrouver à être "pro-créatif" devant la Lumière Universelle (principe féminin originel). Dans le cas du Tarot de Marseille, l'image de Castor et Pollux est la même, puisque leur volonté de rester attaché l'un à l'autre, comme Existence et "Existence avortée", l'un étant nécessaire à l'Existence de l'autre, est accompagnée d'un rétablissement de la place de la Lumière Originelle, ou principe féminin fondamental. Comprendre que l'Union désirée par Castor et Pollux ne peut se réaliser de manière "fusionnelle" que dans le cas de la "chaperonner" de la Lumière Divine ou Mère Universelle.

La Lame 19 en compréhension de l'homosexualité


Castor et Pollux symbolisent les deux principes : l'Existence et le Néant (ou, pour être plus exact, "l'Existence avortée"). Pour résumer, le Mythe de Castor et Pollux dit ceci :
Castor et Pollux étaient jumeaux par leur mère... Car la légende raconte que celle-ci s'unit, au cours de la même nuit, à son mari et à Jupiter, qui pris pour la séduire la forme d'un cygne. De cette union avec Jupiter naquit Pollux, de l'union avec le mari naquit Castor. Les deux enfants, très vite, eurent un sens aigu de la fraternité et pendant toute leur adolescence, connurent les mêmes aventures jusqu'au jour ou lors d'un combat, Castor fut tué. Pollux, immortel du fait de sa filiation avec Jupiter, supplia son père de faire quelque chose. Celui-ci accepta de transiger. Chacun d'eux, à tour de rôle, passerait un jour au royaume des morts, l'autre jour au royaume des dieux.

Or, la Lame du Tarot indique que l'Union entre les deux frères jumeaux, qui sont séparés alternativement (l'un sur la Terre pendant que l'autre est au Ciel), est réalisée. Ce qu'il faut en comprendre est que l'Union des Frères Gémeaux ne peut se réaliser que lorsque la ré-union avec la Lumière Divine (la Mère Universelle) sera accomplie.
Au niveau Cosmique, cela signifie que la réunion de l'Univers "Existence" et de l'Univers avorté (qu'on pourrait appeler "Néant" mais le terme est inexact - disons plutôt "Plan négatif") ne pourra s'accomplir que lorsque le monde manifesté aura réintégré le Sein de la Mère Universelle.

Au niveau initiatique humain "classique", cela voudra dire que l'Union au Secret de la Lumière Divine ne pourra se réaliser que lorsqu'une union intérieure de l'Intelligence et de l'Amour, mais aussi de la partie féminine et masculine, ou encore du Corps et de l'Ame, sera effectuée.

Et c'est cette clef occulte qui permet d'éclairer l'homosexualité sous un nouveau jouer : en ce qui concerne l'amour homosexuel, cela signifiera une transcendance de la matière nécessaire et une acceptation de la Lumière Divine (ou Mère Universelle) pour l'homosexuel, en se focalisant sur une union des Ames et non pas spécifiquement une union des corps.

Ce qu'il faut comprendre n'est donc pas que l'union "homosexuelle" permet d'atteindre la Mère Universelle, mais que l'Union avec la Mère Universelle permet, d'une part, de vivre son homosexualité de manière "spirituelle", et, d'autre part, par la transcendance de la matière, de valider au niveau existentiel l'Amour d'un autre homme.

Redescendons dans la Matière : dans la "pratique", rien ne peut remettre en question l'Amour des Ames, peu importe la forme (homo ou hétérosexuelle). Simplement, cette union ne sera pertinente (entre les deux âmes) qu'au niveau transcendé de la matière, donc selon une optique "a-sexuée" (toujours symboliquement : je le rappelle, dans la réalité, le rapport sexuel est une union des corps et une composante essentielle à l'épanouissement psychologique et amoureux). Cela signifie donc, en clair, que lors d'un travail occulte particulier ou d'une méditation, la focalisation d'un homosexuel en couple notamment doit se faire vis-à-vis de la Mère Universelle.

L'idée est que, en tant qu'homosexuel, il conviendrait de réintégrer sa place au niveau de la Femme, ou Mère Universelle (la Lumière Divine symbolisée par le Cœur Cosmique => le Soleil de la Lame 19).

Ceux qui auraient saisi qu'il faut "aller contre son homosexualité" relisent tout depuis le début : ils n'auraient rien compris ! L'optique n'est pas d'aller contre sa propre nature, mais de changer d'optique dans la manière de l'appréhender et de la vivre avec sérénité et totalité ; loin de l'égoïsme, des idées fausses et illusoires, ou des attitudes séparativistes.

Ces explications, qui mettent en lumière l'homosexualité dans un cadre global, permettent de saisir que, fondamentalement, l'homosexualité n'est en rien contraire à la spiritualité. Même si la forme particulière que prend cette "recherche" - qui est un "héritage" - doit être abordée d'une optique différente que ce que l'on entend ici et là. Et cette possibilité existe car rien n'est aussi fort qu'un Amour véritable et sincère entre deux âmes, même si elles sont incarnées dans deux corps d'hommes.

Sur ce, ami, puisses-tu lire "le Feu Blanc qui se cache derrière le Feu Noir".

Une piste ésotérique : quelle place pour l'homosexualité dans la quête spirituelle ?

Homosexualité

Ce qui est fondamentalement sous-jacent à l'union homosexuelle est d'un caractère très particulier. Essentiellement subie par l'homosexuel, elle prend la forme d'une recherche (inconsciente, bien évidemment) d'un "jumeau de soi" correspondant à une quête étrange, qui s'éloigne de la question de la complémentarité de l'androgyne (couple : homme / femme).

Le problème fondamental que pose l'amour homosexuel est donc cette recherche d'un "double", projeté devant soi, comme en aspect "négatif" (car, symboliquement, pour qu'une "union" se réalise, il est nécessaire d'une complémentarité).

On tombe là sur une notion bien connue de la métaphysique ésotérique : le "Mythe du Jumeau Défunt". Comprendre que, pour que l'Univers existe, il y a nécessité de l'existence d'un "double" avorté de cet univers, existant sur un plan négatif (ce que la science-physique appelle "l'anti-matière" pourrait en est l'expression sur le plan physique de l'existence).

L'homosexualité correspondrait (toujours symboliquement, bien entendu) à une ré-union de ces deux plans de l'Existence - ré-union qui ne pourrait se réaliser puisque l'un des aspects n'est autre… qu'une forme de Néant !

Pour les homosexuels qui seraient désireux d'aborder la question de leur homosexualité en matière de métaphysique, il est alors aisé de tomber dans le piège d'y voir une possibilité de réunion de deux principes fondamentalement similaires, et retrouver une forme d'androgynie originelle.

Or, ceci est faux et constitue même un non-sens absolu ! Le piège dont je parlais se trouve véritablement ici…

En réalité, l'Amour homosexuel n'a de réelle pertinence qu'au niveau absolu - comprendre que, si l'on désire le voir se réaliser pleinement, celui-ci doit se situer au niveau de l'Ame, là où les "formes" n'existent plus, et où la question des "sexes" n'existe plus.

L'idée sous-jacente est que si l'on désire que l'amour homosexuel (encore une fois subi et pas choisi par l'individu) soit intégré dans une quête métaphysique, il doit trouver un chemin de détour pour rejoindre le pont des plans supérieurs où seul le rayonnement des âmes a un sens.

Le problème est qu'un certain nombre d'homosexuels qui s'engagent dans la spiritualité font l'erreur de confondre "androgynie originelle" et "mythe du jumeau défunt". Il revient un certain nombre d'idées dans leur conceptualisation qui est erronnée. A savoir :
  1. un culte de l'Androgynie Primordiale ;
  2. la vision de l'homosexualité comme en étant l'expression fondamentale ;
  3. le fait "d'utiliser" la sexualité, ou de voir le rapport sexuel, comme une possibilité d'union transcendantale pour atteindre cette Androgynie (un tantrisme sexuel dit de la main gauche) ;
  4. un culte du "Phallus" comme principe initiateur ;
  5. un dénigrement de la femme comme "principe de souillure" de l'homme.

Est-il utile de préciser que ce genre de "croyances" ne font qu'enfermer ces personnes dans une profonde illusion, ainsi que de créer un réel malaise dans leur accomplissement doublé du développement d'un sentiment intolérable envers la(es) Femme(s) ?

Métaphysiquement parlant, donc, l'union homosexuelle a tout à fait sa place dans une quête spirituelle à condition qu'elle soit "validée" au niveau des plans supérieurs et qu'elle intègre l'ensemble des polarités, à commencer par celle de la Femme. En fait, l'optique serait de considérer le rapport sexuel homosexuel comme un simple à-côté - un à-côté qui, dans le cheminement en tant que tel, n'aurait pas de sens en soi dans le positionnement métaphysique. En parallèle, l'amour pour un autre homme pourrait par contre complètement être validé au niveau existentiel (comme l'amour hétérosexuel classique). Le défi constituerait donc à un défi fondamental qui devrait être relevé : la transcendance de la Matière.

Je sais que ces explications ne sont pas encore très claires mais elles vont se préciser davantage.

Retenons pour l'instant que la dualité entre la matière et l'esprit, deux faces d'une seule et même pièce appelée "Réalité", mais également le rapport fondamental de l'homosexualité vis-à-vis de la place de la Femme dans l'évolution humaine, pourra être abordée avec brio à travers la photographie ci-dessus. Mais également par une lame du Tarot qui, fait étrange et saisissant, ressemble à cette photographie dans sa représentation.

Une piste ésotérique : homosexualité et transcendance de la matière

Homosexualité

Une des clefs à saisir consiste en la transcendance de la matière. Qui se trouve d'ailleurs subtilement représenté par le photographe. Ce n'est pas le désir purement matérialiste qui stimule les deux hommes de cette photographie. Ce n'est pas l'acte sexuel qui est au centre de leur union. En effet, leurs deux pénis ne sont pas en érection. Il n'y a donc pas d'accouplement physique : l'union transcende la forme et s'accomplit à un autre niveau de l'existence.

Nous constatons une chose étonnante pour cette photo. Bien que les deux personnages soient des hommes, il existe une réciprocité inversée dans le rapport de "genre". Comprenez le mot "genre" dans sa définition d'identité sexuelle masculine et féminine.

Alors que le garçon de droite semble avoir une attitude active (il tente de rapprocher le garçon de gauche), il se penche également en arrière, et occupe de ce fait une attitude "féminine", "négative", "réceptacle" (j'utilise bien sûr ces termes au sens métaphysique).

Le garçon de gauche, quant à lui, semble avoir une attitude passive, puisque sa main tente, malencontreusement, de se détacher de son amant, mais est pourtant penché en avant, dans une position "masculine", "positive", "procréatrice (toujours au sens métaphysique).

De cette dualité des genres naît l'étrange sensation d'une complémentarité mais qui se situe à un autre niveau que le niveau physique. Il existe une inversion des rôles masculin/féminin, qui pourtant trouve son aspect opposé dans l'interprétation que joue chacun des deux amants.

Le couple forme donc, à ce niveau là, un seul et même être. Etrange situation pour un couple qui, physiquement, ne pouvait s'unir ! Y aurait-il donc un échappatoire pour réaliser, métaphysiquement, cette union ? Ceci est aisément compréhensible.

Les deux hommes fusionnent pour devenir un seul être, limité par la forme, mais exalté dans l'essence. Ils deviennent procréateurs à un autre niveau de l'incarnation : au niveau de l'Âme. La réalisation d'une seule et même identité, puisque les deux amants sont jumeaux, se trouve être le fruit de leur amour.

Le regard joue un rôle important dans cette situation : les deux regards, les yeux mi-fermés, sont croisés. Mi-fermés car la nature matérielle, physique, n'est qu'une illusion sur laquelle il faut fermer les yeux. Les deux amants se regardent avec les "yeux de l'âme".
Croisés car ils ne recherchent pas une complémentarité dans l'autre, comme dans le cas d'un couple homme-femme, mais la validation de leur propre identité DANS l'autre, pour devenir un seul et même être fusionné, accompli, uni.

Dans la toute relativité de l'existence, cet amour semble donc différent d'un amour hétérosexuel. Et pourtant, il n'en est rien. Car, dans l'absolu, l'amour de ces deux hommes est transcendé, s'élançant au-delà de la matière, exalté dans la continuité de l'esprit. Et, par conséquent, l'Amour homosexuel est IDENTIQUE, en ce sens, à l'Amour hétérosexuel - même si sa quête existentielle et son expression physique, est tout bonnement différente.

Une mise en garde !


D'un point de vue métaphysique, il faudra cependant prendre garde. Car, à plonger son regard dans son propre miroir, on peut finir par s'y perdre ! Et tel est le défi, sinon l'obstacle fondamental, qui sera rencontré par tous les homosexuels dans leur volonté d'union. En effet, si l'Amour qui unit les deux âmes est un Amour sincère, profond et exalté (dans le meilleur des cas), il n'en demeure pas moins qu'il existe un piège dans lequel il serait aisé de sombrer. Et nous allons essayer de l'expliquer dans la partie qui suit.

Une piste ésotérique : l'homosexualité est-elle une quête de soi ?

Homosexualité

Afin d'aller un peu plus en profondeur sur la question d'homosexualité, nous allons adopter un point de vue ésotérique. Pour ce faire, je vais utiliser une photographie qui comporte un certain nombre d'éléments invitant à la réflexion. A partir de son analyse et d'un rapprochement avec une lame du Tarot, je tenterai de soulever un certain nombre de propos ésotériques.

Cette photo n'a rien de pornographique. Ni d'érotique. Il s'agit simplement (bien que cela soit un artifice, un travail d'artiste) de l'amour de deux hommes nus. Deux hommes "mis à nus". En face de leur propre reflet… idéal.

Nous pouvons voir deux hommes tentant de se découvrir, de se dévoiler, cherchant, les yeux baissés sur l'autre, où se situe leur propre identité et leur propre reflet. Une union étrange, magique, mystique, où l'Homme tente de trouver son identité dans un regard qu'il cherche et qu'il ne semble pas trouver. Il ferme alors les yeux - peut-être pour essayer de mieux voir.

Un acte interdit, un inceste de soi en apparence, dépassant les limites du matériellement possible. Une véritable recherche de sa propre identité, de l'accomplissement de sa quête, de la réalisation de son union. Et, paradoxalement, une réalisation qui ne parvient à s'accomplir, car bornée à ne faire que se retrouver devant sa propre image. La véritable question vient alors à l'esprit : pourquoi ? Et comment réaliser cette union étrange ?

Eléments d'homosexualité au niveau social et exotérique

Homosexualité

S'il est un phénomène de société, et une expérience individuelle, qui a interpelé les moralistes et les religieux comme une vision d'horreur, il peut bien s'agir de l'homosexualité. Or, que doit prendre en compte le spiritualiste pour appréhender ce phénomène ?

Premier constat


Il est vrai que l'homosexualité commence à être acceptée ici et là par la société, puis par les individus, mais il reste tout de même une part importante d'aversion incontrôlée face à la chose. Je ne parle pas ici de l'homophobie ouverte - bête, méchante voire violente - mais d'un sentiment de choc face à la vue "directe" de l'homosexualité.

Par ailleurs, beaucoup de gens pensent que l'homosexualité est un choix, une perversion "décidée" par les hommes (ou les femmes) de manière délibérée. On a dit que l'homosexualité était un désir de "sexe facile", un détournement des désirs envers la femme pour les hommes ou envers les hommes pour la femme.

De même, on imagine également l'homosexuel comme l'image parfaitement étiquetée de la folle typique de la "Cage aux folles" ou du garçon très efféminé qui aime le sexe à outrance, ou encore de la lesbienne "camionneuse" avec un physique de catcheuse, ou de la "salope" (excusez-moi le terme) avide de sexualité débridée avec hommes ou femmes.

Or, ceci est au mieux limitatif, au pire une très mauvaise manière de considérer ce phénomène. L'homosexualité est, en fait, un terme qui a tendance à nous orienter dans un mauvais sens. L'homosexualité, en réalité, va bien au-delà de la simple idée de sexe : elle est avant tout une question d'Amour.

La question des genres


Lorsqu'un homme aime un autre homme, lorsqu'une femme aime une autre femme, il n'y a pas de "celui qui fait l'homme" et de "celui qui fait la femme". Chacun des deux amants comporte en lui une part de masculinité et une part de féminité qui s'expriment de manière soudée et unie. Au niveau sublimé du rapport des âmes, peu importe la différenciation des sexes : l'amour sublime de deux âmes se joue de ces questions de différences.

Lorsqu'un homme aime un autre homme, il ne se comportera pas comme une femme, ni n'aimera la partie féminine chez cet autre homme : il se comportera en homme qui aimera un autre homme.

Chacun d'entre nous, homme ou femme, homo ou hétéro, comporte en lui une part de masculinité et une part de féminité. Lorsqu'un homme aime un autre homme, il ne s'agit que de l'apparence de la forme : la forme masculine du premier aime la forme masculine du second. Et dans ce cadre, peu importe l'obstacle (apparent) de la forme (masculin-masculin) : les âmes n'ont pas de sexe et, de leurs natures identiques, s'envolent dans une parfaite symbiose si l'amour est pur et réciproque.

Lorsqu'un homme aime sincèrement un homme, de la même manière qu'un homme aimerait sincèrement une femme. Comprenez donc qu'il s'agit REELLEMENT d'Amour et pas un vague désir pervers ou de dysfonctionnement psychologique. Les deux amants sont liés l'un à l'autre : ce n'est donc pas la partie féminine qui est attirée par la partie masculine de l'autre et vice versa, comme certains spiritualistes, de bon ou de mauvais aloi, peuvent le mettre en avant ; il s'agit de la fusion des deux êtres, où l'essence de chacun des deux hommes trouve sa complémentarité dans l'autre.

Pourtant, il est vrai que dans la communauté homosexuelle, donc dans cette "institution" qui regroupe des homosexuels, le sexe et le rapport sexuel, dans une vision purement matérialiste, a une place importante. Au passage, il est à noter qu'il ne faut surtout pas confondre "homosexualité" et "communauté homosexuelle" : la communauté n'est qu'un "aspect" de l'homosexualité, et pas son essence - sorte de poste avancé culturel et politique d'une identité sociale mais qui ne saurait être représentatif de ce qu'est l'homosexualité en terme d'expérience individuelle.

Mais pourquoi diable, dans ce cas, le sexe est-il si présent dans la communauté homosexuelle ?

De la frustration sociale à la sexualité omniprésente


L'homosexualité n'est pas un choix, à l'origine. Il s'agit réellement d'un sentiment que la Nature impose à l'homme. A ce titre, il se manifeste comme toute caractéristique de la nature humaine en incarnation : c'est un "héritage" imposant le libre-arbitre à l'homme - donc la nécessité de faire un choix.

Pour acquérir sa liberté, l'homosexuel a deux choix qui lui sont proposés : vivre son homosexualité… ou la refouler.

Dans les premières années de sa vie, l'homosexuel refoule ce sentiment. Le bloque. Le voile. Ou tente de l'oublier. Il se "force" à aimer des femmes, à avoir une vie "normale". Ainsi, la plupart des homosexuels révèlent leur homosexualité à l'âge de… 26-27 ans, bien que la tendance actuelle soit l'expression de cette identité de plus en plus tôt dans la vie des jeunes adultes.

Or, pendant ce temps de latence, l'homosexuel est malheureux. Car il ne peut pas vivre ce qu'il est. Il joue un rôle, avec plus ou moins de brio. Il tente de s'oublier en prenant un masque et se cacher. Il peut pleurer. Se sentir seul. Perdu. Oublié. Sans Ame. Et devenir névrosé. Le suicide peut-être une des solutions pour laquelle il optera, laissant derrière lui une famille qui ne comprendra pas le "pourquoi" d'un tel acte : "Il était pourtant heureux ! Il avait une bonne place, pas de soucis financiers, avait des amis, une femme et des enfants qui l'aimaient ! Pourquoi une telle chose ? Pourquoi s'est-il suicidé ?"

L'hyper-sexualité comme conséquence


Lorsque l'homosexuel opte pour la vie, sans se révéler, s'en suit une frustration notable. Frustration qui, lorsqu'elle explose, amène à de nombreuses conséquences. Comme une sorte de soupape sous pression - pression qui s'accumule de jour en jour, de peine en peine, de pensée en pensée. L'homme pourra mener une double vie, en sus de sa femme, par exemple, et tenter de trouver du plaisir par des relations éphémères dans "je ne sais" quel lieu sombre de la communauté homosexuelle, pour assouvir ses désires inavoués.

Cette idée de frustration, imposée par la société qui l'empêche de vivre ce qu'il est, se retrouve chez les adolescents lorsqu'ils commencent à vivre leur tendance. Frustrés pendant des années, ils se réfugient dans le plaisir sans lendemain et dans le sexe à outrance. Effet excessif tendant à rééquilibrer la balance de la libido déséquilibrée. C'est pour cette raison que de nombreuses personnes ont l'image de "l'homosexuel perverse" dans leur tête : à cause de l'homopobie générale, et de l'incompréhension de la différence, la société empêche l'homme d'exprimer ce qu'il est. Et cette voie de sexualité à outrance, si elle peut sans doute être déplorée dans un sens (surtout pour sa dimension consumériste), est en fin de compte très compréhensible…

Mais ce phénomène de sexualité si présente vient aussi d'une autre raison, bien plus triste que la précédente. Et terriblement déplorable.

Un pis-aller


Lorsque vous êtes homosexuels, et étant donné que vous devez le cacher, ou pire, que les autres qui le sont dans votre entourage le cachent, vous ne savez pas "qui est homo" ou "qui ne l'est pas". Car l'homosexualité ne se lit pas sur le visage : hormis les cas particuliers des homos très efféminés, nombre d'homosexuels, la majorité, passe simplement… inaperçue ! La féminité de l'homosexuel peut s'exprimer avec des degrés d'intensité diverses, il est vrai, mais la majeure partie des homos ne la montre pas.

D'où la difficulté pour nombre d'homosexuels de rencontrer des garçons qui aient les mêmes tendances qu'eux. Et, tristement, malgré un idéalisme et une foi en l'amour, il arrive pour les homosexuels les plus isolés de fréquenter la communauté homosexuelle pour "trouver" des garçons qui soient dans la même situation qu'eux. Tout en sachant , pourtant, qu'en moyenne 1 garçon sur 10 de son entourage sera homosexuel ! Mais qu'il sera incapable d'identifier !

L'expérience la plus douloureuse pour un homosexuel est de tomber amoureux d'un hétérosexuel. Imaginez vous un seul instant la douleur que l'on peut ressentir lorsque l'objet de votre attention ne pourra JAMAIS s'unir à vous ?

Il faudrait ajouter aussi la bêtise de certains hétérosexuels stupides qui réagissent avec violence face à un homosexuel : en raison de l'homophobie manifeste qui s'exprime ici et là, parfois de manière vicieuse et perverse avec une hypocrisie hallucinante, vous êtes contraints d'avoir peur lorsque vous êtes attirés par un garçon de votre entourage ; "Et s'il n'était pas homo ? Va-t-il me taper dessus ?".

Dans le cas où personne ne serait au courant de votre homosexualité, la question terrible de l'existence balayée peut se poser : "Et s'il n'était pas homo ? Va-t-il le dire… à tout le monde ?". Car la crainte de cette révélation forcée suit celle d'une solitude encore plus grande que celle de ne pas dire son homosexualité. Une révélation à tous non désirée que les homosexuels appellent "outting".

En effet, si effectivement l'homosexuel est seul et incompris par tous lorsqu'il ne peut encore exprimer cette nature qu'il n'a pas "choisi", une autre solitude encore plus terrible et pesante entre dans la balance : la crainte de perdre ses amis et l'amour de son entourage simplement parce qu'ils apprendraient son homosexualités.

Et par ce dépit, celui de ne pas trouver d'autres garçons à aimer, celui de tomber amoureux de garçons hétérosexuels inaccessibles, certains homosexuels perdent foi en l'amour. Et se réfugient dans une "communauté homosexuelle" qui donne un sens à leur existence, et remplace l'amour tant désiré par le sexe précaire et éphémère.

Politiquement et historiquement, la revendication de liberté sexuelle des années 70 est devenu un crédo pour la communauté homosexuelle, dont les revendications étaient tout à fait légitimes. Le problème est que cette sexualité débridée - érigée finalement au statut d'un simple acte de consommation - est devenue une part culturelle de la "communauté homosexuelle".

Fort heureusement, les mœurs évoluent, et les homosexuels, injustement stigmatisés, peuvent désormais vivre leur homosexualité plus facilement, malgré la persistance des difficultés pour les adolescents qui ressentent ces sentiments interdits et la présence d'actes de violence verbale ou physique d'homophobie, qui ne sont rien d'autre qu'une extension d'un racisme intolérable.

C'est bien à ce point que je voulais arriver. L'homo est un homme (ou une femme) comme les autres. A ceci près qu'il aime d'autres hommes (ou d'autres femmes si c'est une femme).

Mais pourquoi des garçons sont-ils homosexuels ?


Plusieurs pistes ont été avancées, infructueuses.

La raison psychanalitique freudienne s'est avérée eronée puisque, en fin de comtpe, la référence à une quelconque image du père et de la mère est remis en question. De trop nombreux exemples montrent que les images du père et de la mère ne sont en rien altérées chez la majorité des homosexuels. Il en est de même pour ce qui est des événements dans l'enfance ou de l'éducation : trop de différences entre toutes les situations et pas d'élément psychologique ou socio-psychologique qui soit pertinent.

A vrai dire, beaucoup d'homosexuels constatent simplement, naturellement, qu'au moment où leurs hormones commencent joyeusement à batifoler dans leur corps au début de mon adolescence, qu'ils sont attirés par les garçons et pas par les filles. Rien de plus !

La théorie d'un disfonctionnement hormonal a été avancée, mais il a été constaté que les homos mâles fabriquaient autant d'hormones masculines que féminines que les hétéros masculins. La piste n'était donc pas pertinente.

La dernière piste pour tenter d'expliquer la raison serait la piste génétique, bien que rien n'ait été encore prouvé. Ceci expliquerait simplement la tendance homosexuelle par la nature de l'individu, homme ou femmme. Donc, dans un dernier espoir de qualifier l'homosexualité de "maladie", on pourra avancer la raison d'une "anomalie" génétique. Et nous verrons, un peu plus loin, qu'il s'agit, dans un sens, d'une "anomalie". Mais il faut bien comprendre ce terme au même titre que celui d' "anormalité" : un écart de la norme. Et dans ce cas, la piste occultiste va nous éclairer sur cet aspect spécifique. Mais restons en là pour l'instant.

En fin de compte, on arrive à la conclusion suivante : l'homosexuel peut vivre mal son homosexualité, mais ce n'est pas son homosexualité qui le rend mal à l'aise ; c'est l'image que la société lui renvoie de cette homosexualité, et la place qu'il a dans une telle société, qui peut le rendre malheureux.

S'il est vrai que certains hommes homosexuels se comportent comme des "folles" et des femmes homosexuelles comme des "camionneuses", ceci n'est que la réalité de quelques individus de la communauté - individus (que nous ne devons d'ailleurs pas contester ! Il ne s'agit que de leur nature exprimée avec excès, mais aucune condamnation ne devrait-être prononcée !) qui ne sont qu'une minorité des homosexuels. La plus voyante, la plus tapageuse, celle que l'on remarque à "première vue". Mais la majorité des homosexuels, hommes ou femmes, n'est pas concernée par cette apparence et passe inaperçue près de vous et moi.

D'où la nécessité de parler d'homosexualité naturellement et de faire comprendre à tout un chacun que l'homosexualité est bien un fait de la nature, et n'a pas à être crainte ou interdite. Il s'agit simplement d'une autre manière, par la forme, d'exprimer l'Amour de l'autre, mais qui ne se différencie pas de l'Amour hétérosexuel dans son essence.

L'homosexualité, ou un homme qui aime un autre homme, ou une femme qui aime une autre femme : il s'agit simplement d'une QUESTION D'AMOUR.

mercredi 3 mai 2006

Quelle implication ésotérique des choix de Krishnamurti ?

Krishnamurti

Les passages qui suivent sont présentés sous la forme d'un dialogue entre spiritualistes. Il sont extraits d'un ouvrage dont je tairai les références :

Là où un astrologue occultiste donne son opinion sur sa psychologie


- Qu'éprouveriez-vous si vous aviez été voué à une tâche extrêmement haute et difficile, avant même d'avoir eu le temps de "réaliser" votre propre personnalité et de vous rendre compte de ce que vous attendez de la vie ? Ne comprenez-vous pas ce qui s'est produit ? Dès l'âge de garçonnet, Krishnamurti a vécu sous le poids d'une atmosphère pleine d'idées préconçues, quant à sa mission et à son enseignements futurs... Peut-on s'étonner que, dès qu'il a pu penser par lui-même, il ait opposé un esprit de résistance à l'endroit de presque toutes les choses demandées de lui, et qu'il ait incliné vers une philosophie diamétralement opposée à celle qu'entrevoyait la Société Théosophique ? Le fait même qu'il évite délibérément tous les termes théosophiques - alors que beaucoup lui eussent été très utiles - démontre à l'évidence ce qui se passe dans son inconscient.

- Alors je suppose (dit la femme), que c'est cette même réaction de son inconscient qui entre en jeu, lorsqu'on lui pose des questions au cours d'une de ses conférences, et qui l'incite à lancer, chaque fois, contre la Théosophie quelque allusion désobligeante - même si elle n'a rien à voir avec le sujet traité.

- Exactement ! Et maintenant vous vous rendez compte pourquoi il s'est levé, comme Samson, dans un dernier et terrifique effort pour retrouver sa liberté spirituelle, et a brisé les piliers du Temple de la Théosophie...

- Oui, mais il a, du même coup, écrasé les fidèles rassemblés dans le Temple. Estimez-vous vraiment que la liberté spirituelle d'un seul vaut la souffrance causée à des milliers d'autres ? (fit la femme, un brin provocante).

- Mais vous devez vous rappeler que les fidèles eux-mêmes furent largement responsables de la présente attitude de Krishnamurti... Ce que je voudrais faire entrer dans vos esprits, c'est que les incessantes et contradictoires exigences de la foule des prétendus "disciples" qui suivaient ses conférences, en agissant sur sa sensitive aura, l'ont contraint, par manière d'évasion, à émettre cette théorie que disciples et "organisations" constituent des obstacles à l'évolution, plutôt que des valeurs essentielles. En tout cas, discours et conférences me semble toujours être des coups d'épée dans l'eau... Après tout, tant d'orateurs ne nous servent que de vagues généralisations - à moins que ce ne soient des affirmations dogmatiques sur certains états de conscience qui ne sauraient en aucun cas être expliqués, parce qu'il faut les expérimenter, et qui plus est, pour les expérimenter, être né sous la bonne conjonction d'astres : sous certains signes, dans certaines maisons...

- Eh bien ! Il est des plus évidents que je ne suis pas née sous la conjonction d'astres voulue, (fit la femme, en riant) : la philosophie de Krishnamurti n'est, pour moi, d'aucun profit !

- Bien entendu, (répliqua l'astrologue), elle n'est pas utile à n'importe quelle femme : en fait, seules celles qui ont, en tant qu'hommes et dans des incarnations antérieures, pratiqué le Raja-Yoga - par exemple H.P.Blavatsky et Annie Besant - peuvent en recevoir quelque chose. En somme, comme je viens de le dire et ne crains pas de le répéter, cette manière d'écouter les discours d'autres Egos sur la Fraternité ou tout autre idéal, ne peut donner, en ce qui touche l'auditoire, que des résultats superficiels, qui se révèlent inopérants à la première épreuve sérieuse !

[Pouvons-nous néanmoins nous contenter d'une telle explication, réduisant le choix spirituel majeur de refus de Krishnamurti à la simple dimension psychologique ? Si elle occupe une part des raisons individuelles, une autre vérité plus profonde se dissimule derrière cette apparence : ]

Là où un Maître de Sagesse confie ses pensées sur Krishnamurti


- Je crois comprendre (demanda le narrateur) que vous n'approuvez pas entièrement les méthodes de Krishnamurti ?

- Malheureusement, il n'a pas de véritable méthode, depuis qu'il a pris l'initiation d'Arhat et qu'il a cessé d'être le médium du Seigneur Maitreya. Mieux eût valu, à ce moment-là, qu'il se retirât de la vie publique pour méditer dans la solitude, ainsi que les Arhats des temps anciens.

- Je suis un peu dans le vague, au sujet de cette initiation d'Arhat... (susurra le narrateur à son voisin)

- C'est l'initiation au cours de laquelle le Maître retire toute espèce de direction à l'élève, qui peut avoir à résoudre les plus graves problèmes sans être autorisé à poser une seule question, (expliqua le voisin). Il doit se fier uniquement à son propre jugement et, s'il commet une erreur, en supporter les conséquences.

- Mais que fit alors Krishnamuti ? (intervint le Maître). Ce qu'a coutume de faire le serviteur qui sait qu'on est sur le point de le congédier - et se hâte de donner lui-même son congé : en d'autres mots, il rompit tout rapport avec la Loge Blanche et répudia chacun d'entre nous.

- Bien malheureusement (ajouta l'Instructeur du narrateur), il induisit à agir de même un certain nombre de gens inférieurs à lui dans le domaine de l'évolution spirituelle. De plus, au lieu de diffuser la Doctrine nouvelle dont le monde avait un si immense besoin, il échappa aux responsabilités de sa mission de Prophète et de Maître, en revenant, spirituellement parlant, à une incarnation passée, c'est-à-dire à cette ancienne philosophie de sa race qui vous est familière, mais qui s'avère tout à fait inutile, dans le présent Cycle et pour le Monde Occidental.

- Alors, nous avions donc raison ! (s'exclama le narrateur). C'est bien la philosophie de l'Advairté ? [l'Instructeur fit signe que oui].

- Cependant, le public auquel il s'adresse s'imagine qu'il reçoit un Message nouveau et, comme tel, ce Message l'impressionne trop fortement, (dit à son tour le Maître). Le Message que Krishnamurti devait apporter, il ne l'a pas délivré, ou n'en a délivré qu'une partie : rien qui touche à l'Art ; nul plan concernant la nouvelle sous-race ; nul programme éducatif. En lieu et place de tout cela, l'Advaita - une philosophie pour disciples et l'une des voies de Libération les plus fréquemment mécomprises.

- Faut-il donc admettre (hasarda le narrateur), que la mission de Krishnamurti est une faillite totale ?

- Ami, (dit le Maître), vous posez beaucoup de question... Quel usage ferez-vous de nos réponses, si nous vous contentons ?

[Bien qu'ayant grande envie de se confondre en excuses, le narrateur se sentit poussé à exprimer ce qu'il avait au fond de l'esprit :]

- Maître (répliqua-t-il), à cause de Krishnamurti, bon nombre de gens sont dans une grande détresse ; si vous vouliez être assez aimable pour m'éclairer un peu sur ce sujet, je serais peut-être à même de les éclairer eux.

- Bon ! (s'écria le Maître). Le mobile est pur : il sera répondu à vos questions. [...] Celui qui, essayant d'enseigner l'Advaita, néglige de se servir des termes du sanscrit, se condamne déjà par là à l'insuccès. Les mots sanscrits engendrent une vibration occulte qui se perd dans la traduction. Les termes occidentaux ne se prêtent pas à la description d'états de conscience subjectifs, leurs associations d'idées étant pour la plupart trop terrestres. Mon frère Kout Houmi a très justement dit que Krishnamurti avait détruit les nombreux escaliers qui menaient à Dieu, tandis que le sien propre demeurait incomplet...

- Et ne saurait nullement convenir à tous les types d'âmes humaines (ajouta l'Instructeur du narrateur)

- ... donc incomplet (reprit le Maître, suivant son idée), et ceci peut conduire ceux qui tentent de le gravir à des dangers inattendus. Danger numéro un : Krishnamurti, ayant rejeté des définitions et classifications consacrées par le Temps, laisse ceux qui aspirent à a vie spirituelle sans aucune véritable échelle de valeurs. Danger numéro deux : gravir un chemin personnel nécessite une méditation presque constante, laquelle à son tour exige la constante protection d'un Maître - or le Maître n'est pas admis par Krishnamurti (conclut-il, avec un malicieux clin d'oeil).

- Mais, (demanda le narrateur), la protection d'un Maître est-elle toujours nécessaire pour la méditation - je veux dire lorsqu'elle est pratiquée à petites doses ?

- Naturellement un degré modéré de méditation peut se pratiquer en tout sécurité sans Maître, (répliqua l'Instructeur du narrateur). Comme le dit [le Maître], la méditation longuement prolongée mène à certains états de conscience et à des évasions sur d'autres "plans" qui rendent la direction d'un Maître absolumment indispensable. Un autre défaut de ce pseudo-Advaita que prêche Krishnamurti, c'est qu'il s'adresse à la "personnalité" (à l'homme sur le plan physique) tout comme s'il était la Monade ou, du moins, l'Ego. Sans doute que la Monade est la divine Etincelle, est l'Existence, la Connaissance et la Félicité absolues - et par conséquent éternellement libre ; mais il ne s'ensuit pas que la "personnalité" vivant ici-bas sous l'oppression de difficultés karmiques qui semblent ne devoir jamais finir, soit à même de partager cette Conscience absolue de la Monade - ni même celle de l'Ego, qui constitue le lien entre la "personnalité" et la Monade. L'Advaitisme de Krishnamurti, qu'il ne faut pas confondre avec la forme reconnue de cette noble philosophie, ne peut, je le crains, mener ses adeptes nulle part - si ce n'est, peut-être, à l'hypocrisie et au manque de sincérité envers soi-même. Et, après les avoir incités à répudier tous les Maîtres, il se refuse, lui-même, à être leur Gourou. Des enfants criant dans l'angoisse de la nuit spirituelle - et personne pour les réconforter... Celui qui pourrait leur venir en aide s'y refuse et nous, qui voudrions les secourir, nous sommes impuissants, car le Doute a empoisonné leur croyance en notre existence même.

[un peu plus tard]

- Me pardonnerez-vous, (dit le narrateur) si je reviens au sujet que nous discutions ?

- Quoi ? Des questions encore ? (répliqua le Maître avec une feinte sévérité) ; vous nous présenterez sous peu un dictionnaire. Eh bien, allez-y !

- Vous vous rappelez peut-être que je vous ai demandé si la mission de Krishnamurti devait être considérée comme un complet échec ?

- C'est juste. On peut dire qu'elle fut une réussite tant qu'il fut adombré par le Maître du Monde, mais plus tard, une faillite. Il fit de bon travail en enseignant aux gens à user de leur propre jugement, et en leur faisant comprendre... (le Maître s'interrompit et fit signe à l'Instructeur du narrateur). Allons, allons, (dit-il malicieusement), il s'agit de votre disciple, et vous laissez le vieux Monsieur faire tout l'ouvrage !

- Il est mieux entre vos mains qu'entre les miennes (dit l'Instructeur du narrateur en riant - néanmoins, il expliqua à son tour :). Krishnamurti est venu pour briser le vieil ordre de choses, en prévision de l'ordre nouveau. Mais il a démoli beaucoup trop d'élements du passé et il n'a rien préparé pour l'avenir. Néanmoins l'ordre ancien n'est plus et ne saurait être ressuscité. Le temps de l'aveugle obéissance à des chefs est également passé - le salut ne saurait être obtenu par le seul culte rendu à des personnalités dont on accueille chacune des paroles comme un évangile ; car accepter n'est pas nécessairement comprendre. Même un Etre aussi grand que Bouddha disait : "Ne croyez jamais une chose simplement parce que je vous la dis !". L'on peut définir Krishnamurti comme un précurseur dont ce Cycle particulier avait besoin, mais non pas comme le Maître du Monde.

- Mais pourquoi, même un précurseur... (commença le narrateur).

- Qui peut s'arroger le droit de juger quelqu'un sans connaître ses difficultés ? (interrompit le Maître). Toute qualité a forcément son revers. Ai-je besoin de vous demander si vous avez entendu Parsifal ? Non, car vous aimez, comme moi, passionnément la musique. Krishnamurti a la noble simplicité d'un Parsifal : ayant atteint, lui-même, un certain état de conscience et d'évolution, il ne sait pas voir, dans sa modestie, que les autres sont très loin d'y être parvenus. C'est pourquoi il leur prescrit ce qui ne convient qu'à lui-même.

Le problème que pose la pensée de Krishnamurti

Krishnamurti

Les passages qui suivent sont présentés sous la forme d'un dialogue entre spiritualistes. Il sont extraits d'un ouvrage dont je tairai les références :

Où des ésotéristes (le narrateur, trois hommes et une femme) discutent de l'approche de Krishnamurti


- Trouvez vous vraiment Krishnamurti si négatif ? (demande le narrateur)

- Moi ? Je le trouve tout simplement l'Apôtre de la Négation, (répliqua-t-elle). Et puis, il est tellement contradictoire : il déclare que chacun doit penser par soi-même - idée jusqu'à un certain point très belle - et puis il barre toutes les avenues de la pensée individuelle... Il nous affirme que nous ne pouvons pas atteindre le But par la contemplation, l'art, la beauté, par l'aide des Maîtres ou des rites religieux. Et pourquoi au monde pas ? Krishnamurti peut n'avoir lui-même besoin d'aucune de ces choses, mais que sait-il des autres ? Et si eux choisissent de chercher Dieu à travers la beauté, l'art ou quoi que ce soit d'autre ?... Allons donc ! toutes ces vieilles religions et philosophies - que, soit dit en passant, il semble n'avoir pas étudiées, à moins qu'il ne les ait jetées au panier avec le reste - et tous les Maîtres, de temps immémorial, ont fait entendre que, par quelque voie que l'Homme s'efforce d'atteindre Dieu, il parvient toujours à Lui ! Krishnamurti non seulement détruit le Sentier, ou les Sentiers, mais il renie encore le But lui-même. Et surtout l'on ne doit pas, selon lui, user du mot de Dieu... La suprême Réalité de Krishnamurti n'est qu'une nébuleuse abstraction nommée parfois "Vie", parfois "Vérité", mais ne vous apportant jamais la moindre sensation de joie ou de ravissement.

- C'est que vous, aimables dames (fit le premier homme en souriant) n'avez jamais été très passionnés d'abstraction ; c'est là un aspect de votre psychologie... Ce qu'il vous faut, c'est un gentil Bon Dieu, très paternel, assis sur un gros nuage doré et qui inlassablement distribue, dès que vous criez à lui, d'onctueux et suaves encouragements.

- Ce n'est pas du tout ce dont j'ai besoin ! (fit-elle en riant). Mais vous devez admettre ceci : que l'on soit dualiste, et conçoive en dehors et au-delà de soi un Dieu, auquel on aspire et que l'on adore, ou que l'on soit moniste et cherche à se réaliser soi-même en tant que Moi Unique, la raison, et encore bien davantage le coeur, demandent un But qui soit pour le moins attractif ! Peut-être pensez-vous que c'est faiblesse et lâcheté que de ne pas vouloir se tenir debout sur une cime montagneuse, sans nulle sauvegarde, au milieu d'une tempête de vent glacé, à contempler le Vide. Mais, moi, je me demande l'utilité d'un tel stoïcisme ! Si cette Perfection de Krishnamurti est, dans son idée, synonyme de "Bonheur", quel pâle et chétif bonheur à côté de la joie dont [ma vieille amie] parlait, et qu'elle a vécue ! Elle ne rabaissait pas Dieu à des proportions humaines : elle le plaçait au-delà des plus extrêmes limites de la pensée, mais pour mieux démontrer que toute bauté, tout mystère, tout merveilleux ne sont que des lueurs passagères, des reflets de cette Réalité trop éblouissante pour être contemplée sans voiles... Le Maître qui parlait à travers [ma vieille amie] révélait un Dieu qui est l'essence même de l'Amour (auquel, consciemment ou non, tout être humain aspire profondément) et dont la lumière rayonne sur chacun, selon ses besoins particuliers. Ce Maître disait : "L'intelligence humaine ne sait pas davantage concevoir l'Absolu que l'insecte rampant sur le sol ne saurait comprendre un Maître, mais ce que vous devez savoir, c'est qu'Il est tout Amour... et que l'Amour est la raison d'être de l'univers, la raison de votre propre existence !"

- Pourtant Krishnamurti ne dénie pas l'Amour, (objecta le narrateur) ; il fut un temps où il en parlant sans cesse.

- Il fut un temps, peut-être... mais ce n'est plus le cas ; et même, s'il ne lui arrive de le faire, l'amour dont il parle m'apparaît comme quelque chose d'impersonnel et de vague qui a presque peur de s'affirmer... Quelle impression différente, lorsqu'on entendait parler le Maître Khout Houmi ! "L'amour que je ressens pour chacun de vous, disait-il, c'est là Dieu...". Et encore : "Amour et Vérité sont la base fondamentale de l'univers. Amour et Vérité, Vérité et Amour...". Cela ne ressemble guère à Krishnamurti : "La Vérité ne saurait apporter aucun réconfort...". Comment faut-il concilier ces deux points de vue ?

- Le désirez-vous particulièrement ? (demanda un autre protagoniste)

- Pas moi personnellement. Cinquante Krishnamurti ne sauraient détruire en moi l'idée des "Maîtres"... Seulement, je pense aux pauvres gens qui ont été formés dans les mêmes idées, peut-être, mais qui n'ont pas, pour "tenir", notre ténacité de bouledogues. Comme à nous, on leur a dit que les Maîtres sont leurs Frères Aînés, qui s'efforcent tendrement de les guider vers "l'union avec l'Infini sur des plans de plus en plus élevés" - ainsi que l'écrit quelque part le vieux Leadbeater. Et voici Krishnamurti qui vient les assurer que les Maîtres ne sont autre chose que des béquilles ; ils jettent donc loin leurs béquilles, font quelques pas en chancelant, et s'écroulent sur le sol. Leur offre-t-il des ailes, à la place de ces béquilles, ou leur montre-t-il du moins comment les faire croître ? Aucunement ! Il n'est pas assez psychologue pour les guider vers le chemin qui est le leur ; il prescrit à tous la même recette : Ce que j'ai fait, vous pouvez le faire, sans tenir compte des limitations individuelles créées par le Karma et le degré d'évolution, différents pour chacun. [Ma vieille amie], elle, savait que l'on ne peut jamais traiter deux êtres de la même façon ; c'était le secret de son succès avec n'importe quel individu : elle ne distribuait pas indistinctement l'huile de ricin à toute la classe !

Les quatre autres protagonistes se mirent à rire

- Vous avez beau jeu de rire, vous autres... Je suppose qu'il est bon de forcer les gens à agir et penser par eux-mêmes, (poursuivit-elle). Mais combien de ceux qui ont écouté si longtemps la voix de l'Autorité - représentée par la Société Théosophique - sont-ils capables de réflexion individuelle ou ont-ils assez de discernement pour savoir "séparer l'ivraie du bon grain" dans l'enseignement de Krishnamurti ? Vous auriez dû voir l'expression de quelques-uns de ces visages, tandis qu'ils s'efforçaient, avec tant de conscience et de peine, de suivre le Maître du Monde jusqu'à ses glorieuses et austères altitudes ! Ils finissaient par se dire - du moins s'ils étaient sincères avec eux-mêmes - qu'il n'y avait, dans tout cela, nulle perspective de gloire pour eux, mais seulement un grand vide ! A leur regard consterné, vous pouviez deviner l'enfer par lequel ils passaient ; et cela se lisait tout spécialement dans les yeux des femmes. Il leur a tout enlevé : réincarnation, survivance des âmes, revoir avec les siens dans l'Au-Delà, aide et compassion des Maîtres, enfin quoi, toute la structure spirituelle de leur vie ; et il ne leur a rien donné en retour, si ce n'est un état de conscience nébuleux, qui ne fait pas le moindre appel au coeur et à l'imagination. Ces pauvres êtres, ils débattent inutilement dans le vide ! Trop dociles et trop soumis pour renier totalement Krishnamurti et s'en tenir à leurs anciens idéals, tout à fait incapables de comprendre à quoi ce dernier veut en venir ni de retirer de ses discours une satisfaction quelconque ; manquant, d'autre part, de l'initiative voulue pour se dégager énergétiquement et suivre leur propre voie, ils se demandent si les enseignements reçus jadis n'étaient peut-être, après tout, qu'une charmante fiction... C'est la désolante conclusion qu'il leur faut envisager durant les nuits sans sommeil. Rien de plus navrant que de devoir révéler à quelqu'un que ce qu'il croyait n'existe pas. Même l'être qui ne croît qu'en lui-même s'effondre, lorsque cette foi est ébranlée. Qu leur reste-t-il à faire, maintenant ? Krishnamurti a détruit tous leurs anciens points de repère. S'ils se risquent à penser et à agir selon les critères d'autrefois, ils reçoivent sur les doigts... S'ils en appellent à Krishnamurti lui-même, dans l'espoir qu'il a encore "quelque chose dans sa manche", quelque croyance inexprimée qui leur permettrait de concilier l'ancien et le nouveau, les voilà frustrés de nouveau sur toute la ligne ! Que va-t-il advenir d'eux ?

- Probablement (dit le troisième homme) surgira-t-il quelqu'un qui travaillera à leur redonner la foi dans les Maîtres.

- Il se pourrait bien que ce fût trop tard et qu'ils ne soient plus en mesure de répondre à cet effort. Les uns seront trop vieux, les autres trop découragés. Vous ne pouvez mettre en pièces des croyances datant de longues années en arrière sans amoindrir la faculté même de croire ; je suis presque certaine de cela. Parfois, je me demande si les Maîtres eux-mêmes n'éprouvent pas quelque tristesse, à voir l'abïme que Krishnamurti a creusé entre eux et tous ceux dont il étaient autrefois à même de guider les pas.

La femme s'étant retirée, les trois hommes discutent de la pensée de Krishnamurti


- Personnellement (remarqua le narrateur), j'ai toujours pris un intérêt particulier à l'évolution de Krishnamurti. Qu'il ait commencé par être un Dualiste, pour devenir ensuite un Moniste védantique, un Advaitiste, est un cas des plus singuliers. C'est dommage qu'il ait ensuite rabattu de son Advaitisme, au lieu d'aller jusqu'à ses dernières conséquences. Se contenter de nous déclarer que la Vérité est le Bonheur, ou même l'éternel Bonheur, n'est pas tout à fait suffisant. Le véritable Advaitiste affirme que la Vérité est l'Existence, la Connaissance, la Félicité absolues...

- Ah ! s'il disait cela, (intervint le troisième homme), l'impression serait assez différente. Mais soutenir, par exemple, que la Vérité ne saurait apporter aucun réconfort sans expliquer et compléter immédiatement cette déclaration, c'est tout simplement bouleverser les âmes et les laisser totalement insatisfaites. Lui-même, qui se sait être cette Félicité absolue, n'a pas besoin de consolation, et c'est là toute la question !

- Je me demande (dit pensivement le deuxième homme), s'il se rend même compte que c'est l'Advaita qu'il enseigne !

- Pas la moindre idée ! (fit le premier homme).

- Il a tellement l'air de craindre les gens qui trouvent un point de contact entre sa philosophie et leurs propres croyances, que j'en doute vraiment un peu (dit le deuxième homme).

- Qu'il s'en rendre compte ou non, le fait subsiste (dit le narrateur), et je puis facilement le prouver.

[après avoir saisi un exemplaire du Star Bulletin, le narrateur reprit la parole :].

- Ecoutez ceci : "L'épanouissement spirituel ne procède pas du fait de suivre un guide, un maître ou un prophète... Se faire le disciple d'un autre est une faiblesse... Un médiateur n'est qu'une béquille... La Vérité ne réside pas dans les distinctions, les ordres, les sociétés, les églises... [...] Comme je suis libre de traditions et de croyances, je voudrais libérer les autres des croyances, des dogmes, des credos et des religions qui conditionnent leur vie."

[le narrateur prit les Confessions de Vivekananda sur le Védanta et lut :]

- "Rien ne fait de nous un être moral comme le Monisme... Lorsque nous n'avons plus personne sur qui régler nos pas tâtonnants, plus personne sur qui faire tomber notre blâme, quand nous n'avons plus de Diable ni de Dieu personnel à qui attribuer nos maux, alors seulement nous nous élevons vers ce qu'il y a de meilleur et de plus Haut... Livres et pélérinages, Védas et ristes religieux, ne pourront jamais me lier... Je suis l'Absolue Félicité...".

[le narrateur poursuivit sa lecture à partir d'un autre Star Bulletin : ]

- "... Le "Je" est la limitation résultant de la séparativité... A chaque instant de la journée, par un effort incessant et concentré, nous devons faire tomber ce mur de la limitation et nous instaler dans la vraie liberté de conscience. C'est là l'immortalité... Etre au-deà du temps et de l'espace, au-delà de la naissance et de la mort..."

[le narrateur revint une fois de plus au Vivekananda :]

- Dites-vous jour et nuit que vous êtes cette âme (ce Soi Unique). Répétez-le jusqu'à ce que ce soit entré dans votre sang même... que votre corps soit empli de cette seule idée : Je suis celui qui ne naît pas, qui ne meurt pas, l'Ame bienheureuse, éternellement glorieuse."

[Puis, les protagonistes se mirent à comparer entre eux de nombreux passages, dont, par exemple :]

"Je prétends que l'homme est essentiellement libre" (Krishnamurti) => "Nous sommes libres, cette idée d'esclavage n'est qu'une pure illusion" (Vivekananda)
"Le Bonheur réside dans un détachement extrême" (Krishnamurti) => "N'ayez point d'attaches" (Vivekananda)

- Et bien, j'estime que c'est assez concluant (observa enfin le deuxième homme).

- Ce qui est regrettable (dit à son tour le troisième), c'est que Krishnamurti n'ait pas l'art de faire rayonner ses idées. Peut-être sait-il lui-même ce qu'il pense, mais il ne s'entend pas à le communiquer aux autres. Je crois que seuls les gens qui ont été, auparavant, convenablement enseignés par un Maître peuvent réellement saisir ce dont il parle."

- Précisément, (dit le second). Le reste des auditeurs saisit bien le processus de "démolition", mais quant à savoir ce qu'il leur offre pour reconstruire, c'est une question bien différente ! Nous savons le but qu'il vise parce que nous avons étudié l'Advaita.

- [Mais il ne faudra pas oublier] (insista le narrateur) que ce n'était pas une philosophie propre à être diffusée comme la seule voie menant à la libération.

L'Enfant Krishnamurti et la Société Théosophique

Krishnamurti

L'affaire Krishnamurti a fait grand bruit à son époque. Elle a servi d'alibi pour un certain nombre de détracteurs pour attaquer et discréditer la Société Théosophique. Pourtant, qu'en est-il réellement ? Quels sont les tenants et aboutissants de cette affaire si particulière ?

J'ai beaucoup hésité à mettre en place une page sur cette question sur mon site web. Il n'est pas toujours bon, en effet, de remuer les fonds des marais pour faire remonter à la surface de l'eau vaseuse, quelque composante peu ragoûtante. D'abord parce qu'il est parfois bon d'enterrer les "cadavres" pour que le flux du temps les efface. Ensuite, parce que ce genre d'événement n'a pas forcémment beaucoup d'intérêt d'un point de vue "spiritualiste". Enfin, parce qu'il n'est pas aisé de revenir sur un événement (ou un "affaire"), plusieurs dizaines d'années plus tard, sans connaître ni la totalité des détails, ni l'ensemble des motivations présentes.

Néanmoins, j'ai décidé de mettre en ligne ce sujet pour trois raisons :
  • la première, parce que le recul temporel permet de comprendre, néanmoins, un contexte dans un sens plus global que ce qui apparaîssait sur le moment ;
  • la seconde, parce que beaucoup de choses ont été dites, dogmatiques d'un côté comme de l'autre, sous le feu de la passion, de la désinformation ou du mauvais aloi ;
  • la troisième, parce que l'affaire Krishnamurti regorge des détails qui touchent directement à la question de l'occulte et qui ont très souvent été écartés.

Dans cette affaire, et étant donné que je me considère comme objectif vis-à-vis de la Société Théosophique ou de Krishnamurti (n'étant ni un disciple de la Société Théosophique, ni de Krishnamurti, ni d'une école quelle qu'elle soit, et ayant, qui plus est, étudié les enseignements des deux "partis"), il me semble profitable de revenir rapidement sur cette question.et lever certaines ambiguitës.

Rappel historique


Jiddu Krishnamurti naquit en Inde en 1895. Huitième enfant d'une famille brahmine de dix enfants, il est nommé ainsi en souvenir de Krishna, huitème avatar de Vishnou dans la religion hindouiste. Sa mère mourra lorsqu'il eut atteint 10 ans. Son père, après la mort de sa femme et son entrée en retraite, demande à Annie Besant, qui dirige la Société Théosophique dont il est membre, de l'aider à nourrir sa famille. Le père, Krishnamurti et les autres enfants s'installent donc ainsi à Adyar (en Inde), lieu où la Société Théosophique lui offre un poste d'assistant au secrétariat. Un beau jour, encore enfant, Charles W. Leadbeater, clairvoyant et haut dignitaire de la Société Théosophique, voit en le jeune Krishnamurti une aura rayonnante et une absence totale d'égoïsme. Convaincu de voir en lui le futur "Instructeur du Monde", la Société Théosophique met en place un ordre spécifique (L'Ordre de l'Etoile d'Orient) afin de préparer l'enfant à l'enseignement spirituel et lui permettre d'être adombré par le Christ / Maitreya. Dans le cadre de cet ordre, l'enfant connaît une forte acculturation de culture britannique et devient véritablement entouré par des disciples théosophes de plus en plus nombreux. Recevant des enseignements par le biais du Maître Khout Houmi, et si l'enfant révèle une acuité extraordinaire pour la perception de la connaissance de l'être, un incident se produit. En effet, Krishnamurti répudie avec fermeté cette image messianique, et prononce en grand fracas, en 1929, la dissolution de l'organisation qui s'était constituée autour de lui. Il déclara alors que la vérité était "un pays sans chemin", dont l'accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies. Par la suite, le rayonnement de Krishnamurti fut mondial et sa philosophie, une sorte de nihilisme fondé sur la non-dualité, connaîtra un développement incroyable jusque dans les années 1980. Krishnamurti meurt en 1985.

La question se pose : que s'est-il passé ? Est-ce que Charles W. Leadbeater s'est trompé dans la perception de l'aura de Krishnamurti ? A-t-il été victime d'une illusion mentale ? Est-ce que Krishnamurti n'était qu'un disciple parmi d'autres avec une acuité intellectuelle notable ? Ou bien est-ce Krishnamurti qui a fait le choix de refuser la mission qui lui avait été confiée ? Ou bien est-ce Krishnamurti qui a chûté après avoir passé une initiation ? Toutes sortes d'interprétations ont été faites de ces événéments. Des plus ésotériques aux plus scabreuses, dignes des tabloïds britanniques d'aujourd'hu... De cette situation, la Société Théosophique connut une véritable claque : scissions, désaffection de nombreux disciples, "purge interne" des membres pour tenter de sauver les meubles, attaques vis-à-vis de Charles W. Leadbeater... Bref, le cataclysme dans la sphère théosophique est à la mesure de l'incompréhension totale...

Analyse personnelle de la question


Il ne m'intéresse absolumment pas de réveiller la polémique, de la raviver ou d'y participer. Il me semble néanmoins intéressant d'apporter ma vision des choses sur cette question, et cela autour de trois axes de réflexion : d'abord, les enjeux mondiaux de l'époque pour l'Humanité, puis la responsabilité de la Société Théosophique dans cette affaire, et, enfin, la responsabilité de Krishnamurti dans ce choix.

Contexte et enjeux mondiaux pour l'Humanité

  • la période correspondante (1929) correspond à une période de fin de Cycle. Symbolisée, si j'ose dire, économiquement, par la fameuse crise internationale majeure (la première grande crise mondialisée du capitalisme moderne), un événement majeur devait y correspondre sur le plan spirituel : un échec, une cassure, une destruction de "l'ancien monde" ;
  • l'Humanité était dans la période préparatoire aux terribles événements de l'âge obscure qui allait naître quelques années plus tard : l'avènement des idéologies totalitaires et la négation totale de l'Humanité dans ses retranchements les plus sombres ;
  • des deux logiques événementielles précédentes, on peut tout à fait comprendre que, d'un point de vue global, l'incarnation (ou l'adombrement) d'un avatar n'était karmiquement pas faisable, et avec le recul, pas souhaitable ;
  • la nécessité d'un enseignement ésotérique fort (une deuxième pierre) était néanmoins fortement souhaitable pour préparer l'avenir (et ceci avait commencé à être réalisé par le biais d'Alice Ann Bailey dès le début des années 1920) ;
  • la destruction de l'ancien monde était ce qui devait être réalisée ;
  • la focalisation sur la question de l'autonomie individuelle à développer (et la défense de la liberté absolue de l'individu), qui sont la base de la philosophie de Krishnamurti bien que n'allant pas jusqu'au bout du raisonnement (cf. Advaita), était une graîne nécessaire pour former une contrepartie à l'idéologie totalitaire qui était entrain de naître en Europe occidentale.

Quelle responsabilité de la Société Théosophique ?

  • Charles W. Leadbeater nous apparaît comme étant indépendant de l'affaire en tant que tel, sa sincérité ne nous semblant pas devoir être mise à mal : la captation de la capacité spirituelle de Krishnamurti a été effective et de fait prouvée par le rayonnement mondial et l'acuité intellectuelle de Krishnamurti pendant le 20ème siècle qui a suivi ;
  • la mise en place d'un Ordre fermé autour de l'enfant n'a sans doute pas été de bon aloi, psychologiquement parlant, encourageant l'enfant Krishnamurti, par les nombreuses règles présentes, à désirer une liberté d'individu pour se libérer du joug procédural qui était mis en place ;
  • la dévotion (ou bigoterie) de nombreux disciples théosophes de l'époque envers Krishnamurti n'a sans doute pas aider au niveau de la construction émotionnelle de l'enfant : le but de l'éducation de l'Ordre de l'Etoile d'Orient était de faire de Krishnamurti un être médiumniquement réceptif à l'adombrement du Christ / Maitreya ; dès lors, la présence dévotionnelle (bigote) de nombreux théosophes a sans doute dû perturber sa construction personnelle (à l'inverse de celle de "son âme") ;
  • la Société Théosophique de l'époque devenait "sectaire" dans la pensée de certaines de ses unités nationales et locales (sectaire au sens de "fermée aux évolutions idéologiques") ; la preuve en est fait les nombreuses scissions qui ont précédé l'affaire Krishnamurti (création de l'Anthroposophie, de la Loge Unie des Théosophes, du Lucis Trust d'Alice Ann Bailey, etc.) ;
  • l'affaire Krishnamurti nous apparaît comme un "juste retour karmique" envers la Société Théosophique en tant que structure (il ne s'agit en effet pas de jeter l'oprobre sur Mme Annie Besant ou Mgr Charles W. Leadbeater), structure qui devenait du "n'importe quoi" de par de nombreux "disciples" (ou nommés comme tels ?) non sincères dans leur approche spirituelle, ainsi que par un agencement institutionnel fermé, statique, cristalisé (évolution logique de toutes les institutions humaines qui finissent par se renfermer sur elles-mêmes).

Quelle responsabilité de Jiddu Krishnamurti ?

  • Krisnamurti a connu des premières approches d'adombrement du Christ / Maitreya qui ont été effectives mais n'a pas souhaité aller au-delà ;
  • les motifs du refus de Krishnamurti n'étaient pas absolumment purs, quoiqu'en partie sans doute inconscients : psychologiquement, désir de se libérer de la contingence mise en place par l'Ordre de l'Etoile d'Orient ; sociologiquement, la volonté de se libérer du poids de la "mission" qu'on attendait de lui ; spirituellement, refus de l'Initiation du grand renoncement et de l'adombrement (qui était théoriquement et potentiellement réalisable) par le Christ / Maitreya ;
  • Krishnamurti a sans doute refusé cet adombrement spirituel de par la peur (humainement légitime) que sous-entendait l'accueil du Christ en soi ;
  • ayant passé l'initiation d'Arhat (nécessaire à l'adombrement christique), Krishnamurti s'est retrouvé "seul" (c'est une des conditions de cette initiation) dans sa faculté d'exercer des choix : il a fait le choix de raisonner selon l'enseignement de l'Advaita, l'une des voies les plus complexes de la philosophie hindoue, qui lui avait permis de s'émanciper dans sa vie antérieure ;
  • la conjonction des poids psychologique et sociologique, d'une part, mais surtout la faculté du choix "dans la solitude" (de l'Arhat) couplé à l'angoisse de l'adombrement christique, ont conduit Krishnamurti à refuser la voie du Service qui lui était proposée ;
  • Krishnamurti n'était sans doute pas entièrement conscient, de par sans doute une humilité spirituelle réelle mais pas parfaitement assimilée, à l'image d'un "Parsifal", que son enseignement dispensé aux individus/disciples, n'était pas attitré pour l'émancipation spirituelle de l'Humanité.

Pour appuyer ces composantes (qui s'interpénètrent et qui doivent être relativisée dans leur juste mesure), merci de consulter deux extraits d'un ouvrage dont je tairai la référence, et que j'ai reproduits dans les deux points suivants ("Le problème que pose la pensée de Krishnamurti" et "Quelle implication ésotérique des choix de Krishnamurti").

La seconde pierre théosophique : Alice Ann Bailey

Alice Bailey

Dans la précédente version de mon site web (qui devait consacrer une section entière à une biographie esquissée d'Alice Ann Bailey), le titre que j'avais donné était le suivant : "Alice Ann Bailey ou tant de choses sur les épaules d'un petit bout de femme". Mon intention n'était nullement de porter atteinte à la mémoire de cette grande initiée. Néanmoins, ceux qui ont eu le plaisir de lire son ouvrage "Autobiographie inachevée" comprendront sans nul doute ce que cette expression sousentendait.

A côté de Mme Blavatsky, et de la force incroyable qui la caractérisait, Mme Alice Ann Bailey fait figure de petite femme frêle et fragile. A l'esprit aventureux étonnant de Mme Blavatsky, elle substitue des déboires sociaux et une vie d'abord véritablement difficile. Avant de rencontrer son mari Foster Bailey (qui l'aida à fonder le Lucis Trust en 1922), elle connut la vie d'une femme battue avant de divorcer. Luttant dans la misère sociale, n'hésitant pas à devenir ouvrière dans une usine de boîte de sardines, afin de nourrir ses deux filles, tout en confiant se laisser aller régulièrement aux sanglots dans les nombreux moments difficiles, elle semble incarner avant l'heure cette génération de femmes autonomes qui allait annoncer le grand mouvement de libération féminine du 20ème siècle.

Elle rejoint la Société Théosophique entre 1917 et 1918 et rencontre Foster Bailey, son futur mari, en 1919, qui devient d'ailleurs secrétaire national de la S.T. la même année. A la fin de cette même année charnière, un événement majeur se réalisera : alors qu'elle se trouve seule sur une colline, le Maître Tibétain entre en contact télépathique avec elle. Il lui demande si elle serait d'accord pour écrire certains ouvrages du fait de ses dons pour la télépathie supérieure. Elle refuse d'abord avec véhémence ; il lui donne trois semaines pour réfléchir. A ce terme, il lui redemande à nouveau ; et elle refuse. Il lui donne deux semaines supplémentaires. Elle accepte alors de faire un essai limité et reçoit les premiers chapitres d' "Initiation humaine et solaire". Puis elle refuse de continuer et ne se ravise qu'après avoir contacté le Maître Khout Houmi, dont elle se sait être le disciple. Pour la petite histoire, en effet, lorsqu'elle s'était rendue pour la première fois dans un centre de la Société Théosophique, elle avait reconnu dans un portrait du Maître Khout Houmi le visage d'un étranger hindou qui était venu lui rendre visite alors qu'elle n'avait que 15 ans.

L'expérience fut le début de la formidable diffusion d'un enseignement occulte extrêmement abouti. Pourtant, la Société Théosophique avait déjà entamé sa période de déclin. Alors que les premiers chapitres de "Initiation humaine et solaire" sont publiés dans la revue officielle de la S.T., cette publication s'interrompt brusquement, du fait de la jalousie et du conservatisme de quelques membres influents. En 1919, un an avant ces événements, elle pensait déjà que la Société Théosophique avait "dégénéré en un groupe sectaire, plus intéressé par la création et le maintien de loges et par l'accroissement d'adhésion que par le travail consistant à transmettre les vérités de la Sagesse Eternelle au grand public". Par l'intermédiaire de "L'Association Théosophique" (née en marge de la Société Théosophique dans une scission), elle fonde avec Foster Bailey la Fondation Lucis Trust puis l'Ecole Arcane en son sein, quelques années plus tard, pour former des disciples aux enseignements du Maître Tibétain.

Entre 1920 et 1945, elle publiera plus d'une vingtaine d'ouvrages dictés pour la grosse majorité par le Maître Tibétain. Véritable mine (ou manne !) spirituelle pour le chercheur occultiste, enseignement établi avec pureté et clarté, l'ensembre des ouvrages constitue un corpus spiritualiste occulte des plus pertinents à nos yeux. Parmi les ouvrages, on pourra noter "Le Traité sur le Feu Cosmique", "Le Traité sur les 7 Rayons", "Le Traité sur la Magie Blanche" ou bien encore "Initiation Humaine et Solaire", qui sont les ouvrages majeurs de cet enseignement. Le plus occulte et le plus riche consiste sans nul doute en "Le Traité sur le Feu Cosmique" qui constitue véritablement une nouvelle désoccultation des Stances de Dzyan et de la Doctrine Secrète de Mme Blavatsky. En tant que Clef Psychologique de la Doctrine Secrète, le Traité sur le Feu Cosmique constitue (entouré des ouvrages de compléments que nous avons cités) la Seconde Pierre de l'enseignement ésotérique et spirituel pour le Nouvel Âge. L'ensemble des oeuvres d'Alice Bailey est disponible dans la section Alice Bailey de la Bibliothèque.

Alice Ann Bailey sera la première à lancer l'idée du Nouvel Âge (l'Ere du Verseau) et au travail nécessaire s'y trouvant lié. De nombreux groupuscules sectaires (plus ou moins fleur bleue et plus ou moins inoffensifs) ont récupéré cette idée pour se l'approprier à de mauvaises fins (ou à des fins par trop idéalistes et superficielles pour être véritablement pertinentes). De façon similaire, le retour de l'Avatar (du Christ, dans la terminologie de l'Occident) a également été annoncé par le Maître Tibétain pour les décennies / siècles à venir. Mais même si ce retour est d'une importance cruciale (pour la fondation d'une religion universelle ésotérique, par exemple), il est indispensable de se concentrer sur l'idée que son retour ne dépend que d'une chose : l'effort que nous faisons en chaque instant pour améliorer notre vie et aider à construire une Fraternité Universelle entre les hommes.

Laissez-moi faire une parenthèse. Pour les non-spiritualistes ou les débutants, je sais fort bien que ces derniers propos sembleront pour le moins étonnants voir illuminés. ;o) Mais il faut comprendre que cette horizon se doit d'être conservée à l'esprit comme une éventualité. Dans tous les cas, seul le travail acharné, altruiste et désintéressé pourra permettre un tel événement "éventuel". Il ne faut certainement pas se croiser les bras en se disant que "Cool, on va tous être sauvés !" ou "Bon, ben, reste plus qu'à attendre le retour de l'autre". Bien au contraire : ce sont justement ce genre de comportements qui repousseront encore davantage cet événement "éventuel". Celui-ci ne sera qu'une conséquence : celle de l'effort fourni par l'Humanité pour s'émanciper et briser les chaînes de sa servitude individualiste et matérialiste. Que ceci soit gardé à l'esprit. Revenons à l'enseignement à proprement parler.

Qu'en est-il de l'Avenir ?


Le Maître Tibétain a annoncé qu'une dernière et Troisième Pierre serait apportée pour l'Enseignement, au début du 21ème siècle, par un initié. Nous pouvons imaginer qu'il s'agira également d'une femme, car il ne s'agit pas d'un hasard si ces deux grandes personnes (si différentes en personnalités et si semblables dans leur Service commun) que sont Mme Blavatsky et Mme Alice Ann Bailey ont été celles choisies pour apporter ces deux premières pierres du Triangle de l'Enseignement pour le Nouvel Âge (diantre, que de majuscules !, me direz-vous).

Néanmoins, comment sera-t-il possible de l'identifier ? En écoutant notre coeur, et en apprenant à entendre la Voix du Silence, celle de notre âme, tout simplement. Il conviendra de faire attention, car les faux prophètes et autres groupuscules sectaires risquent de devenir de plus en plus nombreux - à la fois de par la crise identitaire spirituelle et sociale des individus, et à la fois parce que le "système" contemporain matérialiste commence à percevoir les signes de sa propre déchéance. Est-ce que cela sera une personne issue de l'Ecole Arcane fondée par Mme Alice Bailey, tout comme cette dernière fut d'abord issue de la Société Théosophique ? Rien n'est moins sûr : comme toute institution humaine, se conformant à une loi qui se dessine de façon ténue et néanmoins visible, la Fondation Lucis Trust et l'Ecole Arcane semblent également avoir évolué selon une ligne de cristalisation, ne pouvant assurer l'ouverture d'esprit à la modernité que réclamerait l'enseignement spirituel. Moins médiatique et politique que la Société Théosophique en son temps, ces effets et cette évolution n'apparaissent pas aussi clairement marqués, mais les choses semblent nous apparaître dans ce sens.

Ceci me permettra de conclure sur un point essentiel quant à la théosophie et, par extension, à tout dogme spiritualiste quel qu'il soit. N'oubliez pas, chers amis, que les groupements, les courants de pensée ou les individus qui les composent, ne forment en aucun cas la garantie d'un grand niveau spirituel. La spiritualité est avant tout liée au coeur, et au soi intérieur. Il n'y a pas de plus grand maître que le soi intérieur, auquel se conforment même les Maîtres de Sagesse.

A la dévotion aveugle à un dogme, un groupe ou un individu, il convient de préférer le Service accordé à l'Humanité. A l'apprentissage par coeur et à la récitation de litanies rituéliques, il convient de préférer la critique éclairée et personnelle de ce que l'on a devant les yeux et dans la tête, à la lumière de notre propre âme et de notre propre esprit. Au bruit incessant des cohortes de spécialistes de la critique, ésotéristes ou pas, adeptes de la polémique non constructive, il conviendrait de substituer la Voix du Silence qui résonne au coeur de notre être. C'est en devenant autonome et responsable, en apprenant à purifier notre personnalité de ses écarts maladroits, et en écoutant notre coeur et notre âme, que nous pourrons véritablement cheminer avec acuité et sincérité. Ceci, par le Service à l'Humanité, dans le but de la construction d'une Fraternité Universelle, loin de la séparativité et en faisant fi des différences physiques, sociales, sexuelles, culturelles, ethniques ou nationales - ceci, disais-je, est la manière véritable de vivre sa spiritualité et de se conformer au Plan Divin. Alors, les deux véritables Maîtres se manifesteront d'eux-mêmes :
  • celui qui fera de nous son disciple
  • et celui auquel le premier se conformera quoiqu'il advienne, en respectant notre liberté de choix : le Soi qui réside au coeur de notre être.

L'Agni Yoga et Helena Roerich

Helena et Nicholas Roerich

Je ne suis pas un spécialiste de l'Agni Yoga d'Helena Roerich. Pour être même tout à fait honnête, je n'ai pu avoir que des comptes-rendus de son enseignement par l'intermédiaire de frères en spiritualité ayant déjà eu l'occasion de s'y pencher. Je n'ai donc jamais ouvert un ouvrage de cette dame initiée. On compte parmi les ouvrages fondamentaux : "Lettres du Jardin de Morya" et "Agni Yoga" (et vous trouverez l'ensemble de ses oeuvres, en libre téléchargement, dans la partie Helena Roerich de la Bibliothèque).

Si je ne développerai pas les propos et la teneur de l'Agni Yoga sur mon site web faute de connaissance, il me semble néanmoins important d'en préciser l'existence. Je pourrais d'ailleurs tout autant parler d'autres enseignements, qui ne sont d'ailleurs pas directement liés à la Société Théosophique mais qui s'inscrivent dans la lignée de la théosophie moderne, qui me semblent importants dans une commune mesure : par exemple, de façon récente, dans les années 1960-1980, les ouvrages de Mme Elisabeth Warnon ("Le Livre de la Joie", "Le Livre de la Vie" ou "Le Livre de la Connaissance") qui recueillent des enseignements excessivement saisissants pour celui qui prend le temps de s'y plonger.

Pour en revenir à la question de l'Agni Yoga, Mme Roerich a développé, entre les années 1920 et 1930, un enseignement de yoga directement occulte : le Yoga par le Feu, ou Agni Yoga. Il est important de préciser d'emblée qu'il s'agit d'un yoga puissant destiné à des initiés déjà engagés sur le chemin et qui n'est pas accessible au débutant.

Il existe en réalité une grande quantité de yogas, qui sont tous autant de techniques de méditations différentes. De nombreux ont été créés au cours du 20ème siècle, d'ailleurs, à mesure que "le yoga" s'est répandu dans les cercles de pensée occidentaux. A l'origine, on peut citer 5 yogas fondamentaux, chacun ayant une optique différente :
  • le Hatha Yoga (le plus connu en Occident qui a inspiré la Sophrologie) : visant à contrôler le corps
  • le Bhakti Yoga : visant à une réalisation par la dévotion et le sentiment affectif purifié
  • le Karma Yoga : le yoga par l'action
  • le Jnana Yoga : le yoga intellectuel, analytique, philosophique, de réflexion
  • le Raja Yoga : le "yoga royal" (Raja = Roi), visant à la domination de ses impuretés intérieures pour laisser s'exprimer la lumière de l'esprit

Deux autres yogas, plus "ésotériques", existent également : le Prana Yoga (qui consiste à se concentrer sur la circulation des énergies par le biais d'exercices sur le souffle) et le Kundalini Yoga (visant à "forcer" un éveil de la Kundalini, le Feu-Serpent circulant dans la colonne vertébrale, par les chakras). Aussi bien pour l'un et pour l'autre, nous déconseillons de façon claire la pratique de ces deux yogas (qui provoquent plus de dégâts que de bienfaits - bienfaits pouvant être "atteints" par des techniques bien plus sécurisées et adaptées à notre condition d'homme occidental). Je ne ferai que citer à titre informatif la floppée des autres sortes de yogas émanants d'écoles et de penseurs plus ou moins pertinents ou intéressants (le Purna Yoga de Sri Aurobindo, le Mantra Yoga, le Tantra Yoga, le Dhyana Yoga, etc.).

Si le Raja Yoga a été celui retenu par la Théosophie de l'époque Blavatskienne (qui est un yoga sain, une bonne porte d'entrée dans la méditation spiritualiste et sans danger), l'Agni Yoga révélé par Mme Helena Roerich est un yoga de teneur directement occulte. Tout en étant celle qui traduisit la Doctrine Secrète en russe, Mme Roerich était la compagne de Nicolas Roerich, un peintre d'une grande teneur spiritualiste (dont le musée se trouve à New York, non loin du quartier général de l'ONU). Dans un splendide ouvrage d'art sur la vie et l'oeuvre de Nicolas Roerich que j'ai en ma possession, on peut lire un passage se rapportant à l'Agni Yoga excessivement intéressant :

"Yoga d'action plutôt que d'ascétisme, l'Agni Yoga enseigne la voie de la coopération avec l'évolution spirituelle du cosmos. Il aide l'individu à discerner ce qui est bon et à identifier les causes réelles, le sens caché des événements et des rapports interpersonnels. Grâce à une telle compréhension, la conscience humaine s'élargit, donnant naissance à de nouveaux schèmes de pensée, lesquels font naître en retour la possibilité d'une nouvelle action. Doté d'une volonté libre, l'individu a le pouvoir de choisir entre l'engagement dans la voie nouvelle, ce qui l'oblige à modifier son comportement, et le retour aux vieux modèles enracinés. Chacune de ses incarnations lui donne l'occasion d'avancer plus loin dans le processus évolutif. L'Agni Yoga incite ses adeptes à faire des efforts dans la vie de tous les jours pour atteindre cette voie nouvelle et c'est pourquoi on l'appelle l'Enseignement de l'éthique de vie. En 1920, le couple Roerich mit sur pied les premiers groupes d'étude de l'Agni Yoga. Toujours active aujourd'hui, la Société Agni Yoga reste vouée au maintien et à la diffusion d'une "éthique de vie" qui intègre et synthétise les philosophies et les enseignements religieux de toutes les époques".

(in Jacqueline Decter, "Nicolas Roerich - La vie et l'oeuvre d'un maître russe",
en collaboration avec le Musée Nicolas Roerich)

Si cette dernière définition ne correspond pas à la volonté originelle de la création de la théosophie moderne, on peut se demander ce qui le serait ! Vous l'aurez compris, l'enseignement de Mme Roerich constitue bel et bien une continuité pertinente de la théosophie moderne.

En guise de conclusion, je ne résiste pas à l'idée d'insérer une des nombreuses peintures de M. Nicholas Roerich, qui seront une bonne manière de capter la teneur de cette spiritualité. Celle présentée ci-après s'intitule "Nagurjuna". A titre d'information, toutes les peintures présentes dans les articles de la partie Introduction, à l'exception de celles de "Qu'est-ce que l'Urobore", sont des peintures de Nicholas Roerich.



La Théosophie de Mme Besant et de Mgr Leadbeater

Annie Besant et Charles Webster Leadbeater

Suite au décès de Mme Blavatsky, la Société Théosophique a évolué selon un ligne différente. Comme nous l'avons dit, des luttes intestines sont apparues entre différents courants de pensée. Néanmoins, la Société Théosophique a maintenu une influence importante, en Angleterre, aux Etats-Unis et en Inde, dans la diffusion des écrits théosophiques.

Mme Annie Besant et Mgr Charles Leadbeater (fondateur de l'Eglise Catholique Libre qui, soit dit au passage, est officiellement reconnue par le Vatican) étaient deux initiés des plus pertinents. Particulièrement Charles Leadbeater dont les écrits révèlent une connaissance sérieuse de certaines subtilités ésotériques.

Néanmoins, en parallèle des luttes intestines et des scissions qui secouèrent la Société Théosophique (Ecole Anthroposophique, Loge Unie des Théosophes, ou encore Ecole Arcane / Lucis Trust d'Alice Ann Bailey, dans les années 1920-1930, si ma mémoire est exacte), certains scandales et évènements ont entâché de façon notable la Société Théosophique. Et on peut dater une perte d'influence de ce groupement spiritualiste à partir des années 1930 (bien que, en Inde, la Société Théosophique ait continué de lutter pour une reconnaissance de l'indépendance et exerce, encore aujourd'hui, une influence sensible).

Charles Leadbeater a, en effet, été accusé d'homosexualité et de pédophilie. A l'analyse des faits, Charles Leadbeater était effectivement homosexuel. Quant aux accusations de pédophilie, elles ont reposé sur des propos qu'aurait tenu Charles Leadbeater en face d'enfants accueillis en catéchisme. Dans une rencontre de l'Eglise Protestante à New York, de profession de foi catholique, Charles Leadbeater avait commis la faute d'être trop progressiste pour l'époque (fin 19ème siècle) : il expliquait aux enfants que la masturbation était une chose naturelle pour l'émancipation de l'individu.

Si l'affaire fit scandale et finalement amoindrie, les voix à l'encontre de Mgr Leadbeater reprirent de plus belles lors de l'évènement Krishnamurti et l'Ordre de l'Etoile. Annie Besant et Charles Leadbeater, convaincus de voir en un jeune enfant hindou l'avatar d'un initié de haut degré, l'adoptèrent et prirent pour décision de fonder un Ordre (l'Ordre de l'Etoile) visant à former l'enfant à la spiritualité occulte. Ce dernier, qui deviendra l'illustre philosophe hindou du nihilisme bouddhiste au rayonnement mondial que l'on connaît - Krishnamurti - parvenu à sa majorité, prit la décision de dissoudre l'Ordre de l'Etoile et d'affirmer son refus en bloc de la Société Théosophique. Cet évènement majeur annonça le déclin de la Société Théosophique (voir l'explicatif sommaire mais synthétique de l'affaire Krishnamurti).

Si cet évènement a fortement marqué la Société Théosophique, nous n'y prêtons néanmoins guère d'attention, dans la mesure où les enseignements de Mme Annie Besant et, surtout, de Mgr Leadbeater, demeurent véritablement pertinents. Il est alors nécessaire de faire une mise au point essentielle : de notre opinion, peu importe la façon dont les évènements se sont déroulés. Comme je l'ai affirmé précédemment, les institutions humaines demeurent ce qu'elles sont : de simple regroupements d'individus divers, de qualités diverses, dont l'évolution aboutit systématiquement et irrémédiablement à une cristalisation des formes et des lignes directrices. Et, tout simplement, par une sénécence et une dégénérescence. C'est dans la renaissance des impulsions qui ont animé les courants à leurs origines, et cela sous d'autres formes (comme cela a été le cas, de notre point de vue, avec le Lucis Trust d'Alice Ann Bailey), que l'intérêt, la quintessence, peut être trouvée. Seuls importent les enseignements ésotériques et leur teneur. Et c'est à ce titre que l'on pourra déterminer si un écrit est le fruit d'une investigation sincère et appliquée ou celui d'une affabulation ou d'une illumination.

Dans ce cadre, peu importe si Mme Besant et Mgr Leadbeater se sont trompés vis-à-vis de Krishnamurti (bien qu'ayant au moins "prévu" son influence mondiale dans le domaine de la spiritualité), si ces deux initiés ont été victimes d'une "illusion mentale", si cet évènement de refus a été décidé pour "remettre la Société Théosophique à sa place" dans ses errances, ou si Krishnamurti a tout simplement fait le choix conscient de refuser ce qui aurait été une éventuelle destinée. Ce qui demeure est l'apport de Mgr Leadbeater et de Mme Besant à la théosophie moderne.

Dans cette seconde phase de la théosophie moderne, succédant au décès de sa fondatrice, Mme Blavatsky, l'enseignement premier de la théosophie (contenu dans sa complétude dans la Doctrine Secrète) a été désocculté et ésotérisé. Digéré, conceptualisé, systématisé, occidentalisé, il en ressort un dogme beaucoup plus accessible et compréhensible que l'obscurité (car occulte) de la Doctrine Secrète. C'est donc avec un grand intérêt qu'on pourra aborder les ouvrages de Mgr Leadbeater ou de Mme Besant qui, s'ils n'ont retenu (consciemment et à dessein) de la Doctrine Secrète qu'une dimension ésotérique, ont permis de clarifier de nombreux points de la théosophie - la Doctrine Secrète devenant alors un ouvrage d'approfondissement (occulte) de l'enseignement présenté par les deux initiés théosophes. Il n'en demeure pas moins que, grâce à ce travail, les questions des rondes, manvantaras et globes, plans existentiels, véhicules subtiles de l'homme et chakras, ont été développés de façon claire et concise.

C'est d'ailleurs à partir de la terminologie simplifiée et systématisée de ces deux auteurs (compilés par le disciple appliqué Arthur E. Powell dans ses ouvrages synthétiques) qu'une étude occulte de la Doctrine Secrète a été accomplie par la suite, dans les années 30-40, par le biais de la Clef Psychologique de la Doctrine Secrète, la Seconde Pierre de l'édifice de l'enseignement pour le Nouvel Âge : l'oeuvre du Tibétain et d'Alice Ann Bailey.

L'apport de Madame Blavatsky

Blavatsky

En soi, il ne me semble pas intéressant de développer l'histoire complète de la vie de Mme Blavatsky ou de la création de la Société Théosophique. D'abord parce qu'il existe de très bons ouvrages sur la question ; ensuite parce qu'il existe de très bons sites sur la question ; et, enfin, parce que là n'est pas la question ! ;-)

Blague à part, le site de la Loge Unie des Théosophes, une association Loi 1901 qui fait un très bon travail de diffusion de la pensée originelle de la doctrine théosophique, comporte un article sur la vie de Mme Blavatsky suffisamment étoffé pour que je n'ai pas à en faire un résumé qui serait limitatif. Vous pouvez le consulter par ici : Vie d'Helena Petrovna Blavatsky.

Néanmoins, mon optique sera de développer la question de l'apport de Mme Blavatsky à la théosophie moderne.

Mme Blavatsky (1831-1891), dans la seconde moitié du 19ème siècle, a été une initiée qui a pu avoir accès à l'enseignement de Maîtres de Sagesse, résidants en Inde pour la plupart. Dans cette période d'expansion de l'occultisme de la seconde moitié du 19ème siècle - période où de nombreux groupes et sociétés ésotérico-occultes se créaient, des Martinistes français en passant par les kabbalistes, les Rose-Croix, et, pêle-mêle, la découverte de textes orientaux et du spiritisme, il était nécessaire d'établir les bases d'un enseignement cohérent mais étoffé pour permettre aux individus de trouver une assise solide à leur étude.

D'abord par l'intermédiaire d'un ouvrage appelé "Isis Dévoilée", qui consistait à lever le voile sur les correspondances symboliques des différentes civilisations et sur ses liens avec l'occultisme, puis de façon réelle et définitive avec "La Doctrine Secrète", Mme Blavatsky a établi la mise à jour d'un texte hautement occulte conservé dans des monastères ésotériques tibétains : les Stances de Dzyan. Il fut demandé à Mme Blavatsky de remplir un rôle fondamental dans l'établissement d'une renaissance des enseignements occultes conservés en l'attente de la période contemporaine.

En fondant en 1875 la Société Théosophique, un groupe spiritualiste ayant pour volonté de "former" des disciples à cet occultisme renaissant fondé sur le bouddhisme et l'hindouisme ésotériques, Mme Blavatsky et ses collaborateurs (M. Judge, M. Olcott ou Mme Mabel Collins, par exemple) souhaitaient assurer la diffusion de l'enseignement des Maîtres de Sagesse.

"La Doctrine Secrète" est sans nul doute la première pierre de l'enseignement théosophique (dont, au passage, les oeuvres de Mme Annie Besant et Mgr Leadbeater seront des interprétations "débrouissallées" ; et donc, par voie de conséquence, plus ésotériques qu'occultes, mais néanmoins tout autant intéressantes que pertinentes). "La Doctrine Secrète" constitue également ce dont on a pu parler dans la section Généralités : la première des trois pierres d'un enseignement fondamental des Maîtres de Sagesse pour la période à venir.

A titre indicatif, deux courts ouvrages me semblent absolumment fondamentaux pour comprendre le bouddhisme ésotérique de la Théosophie moderne, en parallèle de "La Doctrine Secrète" (qui est un ouvrage plus profond qu'un simple enseignement d'une des traditions), l'un retranscrit par Mme Blavatsky, l'autre par Mme Mabel Collins : "La Voix du Silence" et "La Lumière sur le Sentier". Si "La Lumière sur le Sentier" est une bonne approche de la question du cheminement intérieur, "La Voix du Silence" constitue un véritable pamphlet de réflexion se présentant sous la forme d'un dialogue entre Maître et Disciple.

Mme Blavatsky était une personne très particulière. Grande dame, grande initiée, surnommée à l'époque "Cagliostro au féminin", sorte de mystère étonnant (on la retrouve aux côtés de Garibaldi, tout en ayant parcouru le monde à la recherche d'initiés pouvant lui enseigner les mystères de l'occultisme), il n'en demeure pas moins que la dame... avait un caractère de cochon. Et ses sautes d'humeur terribles (de grandes colères intransigeantes) en déstabilisèrent, mais en irritèrent aussi, plus d'un. On peut cependant imaginer que l'ampleur de la tâche qui lui était confiée nécessitait d'avoir une forte personnalité, parfois tonitruante.

Anti-conformiste, grande fumeuse de cigarettes (33 cigarettes par jour, raconte-on), en proie à des dons médiumniques notables, elle s'est attaquée à remettre en question un ordre établi de façon pour le moins véhémente : critiquant les spirites, dénonçant les autorités religieuses, militant pour la reconnaissance de l'Inde face à l'Angleterre colonialiste, donnant de grands coups de pieds dans la fourmilière naissante de la science post-industrielle ou bien dénonçant le conservatisme hautain des Martinistes français, la dame se fit beaucoup d'ennemis, et connut donc de nombreux détracteurs. Elle n'en demeure pas moins un personnage étonnant (et détonnant) qui fit couler beaucoup d'encre et resta dans la mémoire des occultistes et une référence en matière d'occultisme contemporain. On l'accusa de supercheries, de mensonges, de manipulations, et toutes sortes d'attaques furent dirigées contre elle. Si certaines d'entre elles se sont révélées infondées ou infirmées au cours du 20ème siècle (sur l'existence des Maîtres, l'authenticité de l'ouvrage à partir duquel elle recueillit les Stances de Dzyan qu'on disait inventées, la reconnaissance de la falsification d'un rapport de la Society of Psychological Research de l'époque par ce même organisme 100 ans plus tard, dans les années 1980, ou bien encore sur la pertinence bouddhiste de la Théosophie qui a été reconnu par des autorités religieuses bouddhistes entre temps), il n'en demeure pas moins que ses écrits suscitent encore aujourd'hui de vives critiques parmi certains spiritualistes.

La polémique ne nous intéresse pas outre-mesure à ce sujet, même si nous la comprenons. Nous avons néanmoins la certitude inaliénable de l'authenticité de la "Doctrine Secrète" ou de la "Voix du Silence", et nous savons que l'occultiste sincère et honnête saura y découvrir les secrets.

Néanmoins, la Société Théosophique a connu ce que toute institution humaine connaît : une errance progressive vers des luttes intestines, des conflits d'intérêts entre groupes dissidents, et autres conduites dogmatiques. Sans devenir un groupuscule pro-financier ou sectaire, l'institution a connu néanmoins un état de critalisation qui a conduit la création d'émanations autonomes quelques années après le décès de Mme Blavatsky, ainsi qu'une inconstance de la part des présidents succédants à Mme Blavatsky (Mme Annie Besant et Monseigneur Charles Leadbeater, grands initiés au demeurant). On peut citer, émanant de la Société Théosophique, la Loge Unie des Théosophes (prônant la concentration exclusive sur les textes originels de Mme Blavatsky, M. Judge ou Mme Collins), l'Ecole Anthroposophique, fondée par le très connu pédagogue spiritualiste Rudolf Steiner, qui se fonde sur une sorte de christiannisation de l'enseignement orientaliste théosophique, ou bien encore le Lucis Trust / Ecole Arcane de Mme Alice Ann Bailey, dans la première moitié du 20ème siècle (nous y reviendrons).

Un résumé en dix points (source : Isis Dévoilée)

Alliance des 10 doigts

Les propos de Mme Blavatsky étant suffisamment clairs, à mon sens, pour éveiller une lumière dans la pensée du lecteur, je me permettrais de les citer directement :

Le problème de la vie c'est l'homme. La Magie, ou plutôt la Sagesse, est la connaissance évoluée des pouvoirs de l'être intime de l'homme ; ces forces sont des émanations Divines, de même que l'intuition est la perception de leur origine, et l'initiation est notre introduction à cette connaissance… Nous débutons par l'instinct : le point final est l'OMNISCIENCE.

A. Wilder

"Ce serait une grave erreur de jugement de notre part si nous nous imaginions que d'autres que des métaphysiciens, ou des mystiques de quelque sorte nous aient suivi jusqu'ici. S'il en était autrement nous leur donnerions certainement le conseil de ne pas prendre la peine de lire ce chapitre ; car, bien que nous n'avancions rien qui ne soit strictement vrai, ils ne manqueraient pas de considérer le moins merveilleux de ces récits comme tout à fait faux, malgré les preuves du contraire."

"Pour comprendre les principes de la loi naturelle mise en action dans les différents phénomènes ci-après décrits, il faut que le lecteur se rappelle les propositions fondamentales de la philosophie orientale, que nous avons successivement mises en lumière. Récapitulons-les succinctement :"

1) Il n'y a pas de miracle. Tout ce qui a lieu est le résultat de la loi - loi éternelle, immuable, toujours active. Un miracle apparent n'est que l'opération de forces antagonistes à ce que le Dr. W. B. Carpenter, F.R.S. - homme de grand savoir, mais de peu de connaissances - appelle "les lois bien connues de la nature". Comme beaucoup de ses collègues, le Dr. Carpenter ignore le fait qu'il peut y avoir des lois qui étaient anciennement "connues", que la science ignore maintenant.

2) La Nature est triple : il y a ne nature objective et visible ; une autre invisible, intime et fournissant l'énergie, modèle exact de l'autre et son principe vital ; et, au-dessus de ces deux, l'esprit, source de toutes les forces, seul éternel et indestructible. Les deux inférieures changent constamment ; la troisième supérieur ne change jamais.

3) L'Homme aussi est triple : il a un corps objectif et physique ; son corps astral vitalisateur (ou l'âme), est l'homme véritable ; ces deux sont adombrés et illuminés par le troisième, le souverain, l'esprit immortel. Lorsque l'homme véritable réussit à se fondre en ce dernier, il devient une entité immortelle.

4) La Magie en tant que science, est la connaissance de ces principes, et de la manière dont l'omniscience et l'omnipotence de l'esprit et son contrôle sur les forces de la nature peuvent être acquises par l'individu tandis qu'il réside encore dans le corps. En tant qu'art, la Magie est l'application pratique de cette connaissance.

5) Les connaissances secrètes mal employées constituent la sorcellerie ; utilisées pour le bien elles sont la véritable magie ou SAGESSE.

6) La médiumnité est l'opposé de l'état d'adepte ; le médium est l'instrument passif d'influences étrangères ; l'adepte exerce un contrôle actif sur lui-même et sur tous les pouvons inférieurs.

7) [Les choses qui ont été, qui sont et qui seront, sont inscrites dans la Lumière Astrale] […] l'adepte initié, faisant usage de la vision de son propre esprit, est capable de savoir tout ce qui a été su, ou ce qui peut l'être [en consultant ces Archives de l'univers invisibles].

8) Les races humaines diffèrent aussi bien dans la couleur que dans les dons spirituels, en stature ou en tout autre qualité extérieure ; la clairvoyance prévaut naturellement chez certains peuples ; chez d'autres c'est la médiumnité. D'aucuns sont adonnés à la sorcellerie et transmettent de génération en génération ses pratiques secrètes, le résultat étant un ensemble plus ou moins étendu de phénomènes psychiques.[Note : Ces propos ne sont pas du "racisme", au sens péjoratif : on parle ici des races notamment lémurienne, atlante, aryenne, etc. dont les "races" noire, jaune, blanche… sont des descendants très éloignés et "mélangés".]

9) Une des phases de l'habileté magique est le retrait volontaire et conscient de l'homme interne (la forme astrale) hors de l'homme extérieur (le corps physique) [Note : On parle ici de "l'extériorisation astrale pour faire des "voyages" astraux. Nous verrons cela plus tard, en détails.]. Ce retrait a lieu dans le cas de certains médiums, mais il est inconscient et involontaire. Chez ceux-ci le corps est à ce moment plus ou moins en état cataleptique ; mais chez l'adepte l'absence de la forme astrale ne se remarque pas, car les sens physiques sont éveillés et l'individu paraît seulement être en état de profonde abstraction - "une profonde rêverie", s'il est permis de parler ainsi.

10) La pierre d'angle de la MAGIE est la connaissance intime et pratique du magnétisme et de l'électricité, leurs qualités, leurs corrélations et leurs potentialités.Il est surtout nécessaire de se familiariser avec leurs effets dans et sur le règne animal et l'homme. Il existe de propriétés occultes dans beaucoup d'autres minéraux, aussi étranges que celles de l'aimant, que tous ceux qui pratiquent la magie doivent connaître, et au sujet desquelles la prétendue science exacte est complètement ignorante.

Les plantes ont de même, à un degré fort merveilleux, des propriétés mystiques, et les secrets des herbes pour les songes et les enchantements ne sont perdus que pour la science européenne et, inutile de le dire, lui sont inconnus sauf dans de rares cas bien précis, comme par exemple pour l'opium et le hachich. Et cependant l'effet physique de ceux-ci même, sur le système humain, est considéré comme une preuve d'un désordre mental temporaire.

Les femmes de Thessalie et d'Epire, les hiérophantes féminins des rites sabaziens, n'emportèrent point leurs secrets avec la chute de leurs sanctuaires. Ils sont encore préservés aujourd'hui et ceux qui connaissent la nature du Soma connaissent également les propriétés d'autres plantes.

Pour résumer en quelques mots, la MAGIE est la SAGESSE spirituelle ; la nature est l'alliée matérielle, l'élève et la servante du magicien. Un principe vital commun pénètre toute chose, et ce principe peut être contrôlé par la volonté développée de l'homme. L'adepte peut stimuler les mouvements des forces naturelles dans les plantes et les animaux, à un degré extraordinaire. Ces expériences ne sont pas des violations de la nature, mais des accélérations ; il ne fait que favoriser les conditions d'une action vitale plus intense.

L'adepte peut contrôler les sensations et altérer les conditions des corps physiques et astrals d'autres personnes non adeptes ; il peut également gouverner et employer à son gré les esprits des éléments. Il ne peut exercer aucun contrôle sur l'esprit immortel de n'importe quel être humain, mort ou vivant, car tous ces esprits sont, au même degré, des étincelles de l'Essence Divine, et ne sont sujets à aucune domination étrangère.

Trois nouvelles propositions

Madonne à l'oriflamme - N. Roerich

La Doctrine Esotérique apporte une véritable révolution par rapport à la vision habituelle de l'Existence. Outre la spéculation quelque fois hasardeuse de la "philosophie" (dont la Doctrine Esotérique ou Tradition Primordiale accessible par tous les Hommes en leur Ame, est l'inspiratrice en tant que Quête du Vrai et de la Sagesse), deux bases de références ou CADRES de REFERENCES sont "admis" par les hommes pour comprendre le déroulement de l'Univers : la Religion et la Science.

La première se fonde sur des textes sacrées pertinents mais dont la clef a été perdue, à coups d'interprétations dogmatiques, d'attachements bornés à la lettre morte et de manœuvres politico-sociales pour diriger les masses.

La deuxième, elle, a le mérite d'engager l'Homme dans une recherche pertinente de la Vérité, par l'étude analytique et la remise en question des idées reçues (généralement issues de la superstition et des dogmes religieux) ; cependant, victime de son essor, elle a fini par borner son cadre de références (pourtant remis en question et élargi de nombreuses fois au cours de ces deux derniers siècles avec des scientifiques tels que Newton ou Einstein) et par devenir tout aussi dogmatique que la Religion. Se coupant, d'ailleurs, de la référence des textes sacrés - attitude qui, métaphysiquement, est une attitude "logique" et nécessaire mais qui cause bien des maux - elle s'est coupée de l'antique Sagesse et ne fait que redécouvrir, péniblement, les phénomènes des plans physiques sans avoir conscience de la Nature Spirituelle qui les anime.

La Doctrine Esotérique - elle - se situe entre les deux ; mais bien plus que de réunir les deux aspects de cette