Nous avons évoqué dans l'article précédent les six vérités fondamentales que le Tibétain souhaitait mettre en lumière. ll apparaît intéressant d'illustrer comment une grande part de l'Humanité a progressivement intégré ces vérités dans le fonctionnement de la société actuelle au niveau mondial.

L'illustration des six vérités fondamentales

  • 1 - la loi de compassion : nous sommes des entités de compassion c'est-à-dire que nous sommes reliés tous ensemble, au sein de l'Humanité et plus globalement de la communauté des entités vivantes. Si on regarde l'Histoire de l'Humanité, la première fois où cette loi s'est exprimée de manière massive entre les nations a été les première et seconde guerre mondiales au début du XXème siècle. Point d'orgue de tension entre les forces de lumière et les forces sombres, il est apparu au début du XXème siècle l'horreur du totalitarisme nazi (et pour la première fois l'extermination systémique de communautés d'individus pour leur identité sociale, culturelle ou religieuse : les juifs, les tziganes, les homosexuels et les porteurs de handicap). En réponse à cette horreur, une part de la communauté humaine (qui a gagné la guerre) s'est élevée. Même si des intérêts personnels autres étaient présents (intérêts politiques ou économiques), le basculement moral de l'opinion publique mondiale est née sur le terreau du sang et des larmes. A partir de la seconde guerre mondiale émerge l'idée de la fraternité mondiale des nations (l'ONU, la naissance des ONG pour l'aide et le soin au niveau mondial), de la quête de la paix durable comme un idéal du vivre-ensemble, la remise en question des discriminations raciales (lutte contre l'antisémitisme puis phénomènes de décolonisation, lutte contre la ségrégation raciale, l'apartheid) et plus généralement identitaires dans les décennies qui ont suivi (lutte contre les discriminations envers les homosexuels, les femmes, la transidentité...). En parallèle, la conscience écologique se développe avec la réflexion sur l'impact de l'activité humaine sur l'environnement (protection des animaux, des végétaux, des massifs de minéraux...).
    • une incise est nécessaire : lister sommairement et grossièrement ces initiatives ne signifie pas être naïf sur leurs modalités concrètes et sur les effets de bord qu'elles peuvent faire naître. Ces initiatives vont dans le sens d'une vérité fondamentale de compassion. Mais cela ne signifie pas qu'elles sont parfaites. Cette notion de perfection (et du caractère nécessairement imparfait des actions de l'Humanité) nécessiterait un article à part entière. Qu'il suffise à ce stade d'indiquer que, tant qu'un individu ou un groupe est incarné, il est soumis aux lois du Karma et à l'imperfection inhérente à l'incarnation sur le plan physique. Toute action suit une intention et génère des effets de bord qui n'auront pas nécessairement été anticipés ou qui génèreront des dettes karmiques. A l'inverse, reconnaître l'existence de ces effets de bord ne suffit pas à renoncer à reconnaître l'expression progressive par l'Humanité de la loi de compassion. De même, identifier ces initiatives ne signifie pas non plus qu'elles sont généralisées, majoritaires ou abouties : les guerres fratricides ou de destruction d'ethnies réelles ou supposées se manifestent encore, les discriminations de toutes sortes existent encore bel et bien, l'insouciance environnementale est encore largement présente, etc.
  • 2 - le fait de Dieu : "Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas", disait André Malraux. Cette vérité ne doit pas être regardée uniquement par le prisme des religions, qui sont des faits culturels de groupes. Ni même uniquement par le prisme de la France qui est une nation très sécularisée (où la laïcité a pu prendre des formes de laïcisme de combat en son temps). Le fait est que de très nombreux hommes sur la Terre croient en un principe supérieur, identifié de manières très diverses selon les contextes culturels et nationaux (y compris dans des formes mortifères comme les intégrismes religieux). Par ailleurs, de nombreuses philosophies humanistes définissent des principes transcendants à l'intérêt personnel ou immanents à la communauté humaine, sans pour autant les qualifier de divin : le "fait" de Dieu peut faire l'économie d'être appelé ainsi. Divers auteurs ésotéristes illustrent le principe d'une nouvelle religion mondiale qui pourrait émerger, sans distinction d'appartenance culturelle ou religieuse et réunissant, paradoxalement oserais-je dire, à la fois des croyants, des mystiques et des athées. Reconnaître l'existence de Dieu ne signifie pas nécessairement donner ce nom à ce principe : il suffit de reconnaître l'impérieuse puissance indépassable de la Vie, et un sentiment d'appartenance à une communauté d'individus qui s'y identifient et la mettent au-dessus de tout.
  • 3 - la continuité de la révélation : ce qui sous-tend cette notion, c'est la notion d'avatar. Un avatar, dans la doctrine indienne, consiste à l'incarnation, cyclique et aux différents niveaux, d'un "envoyé de Dieu" pour descendre dans la matière et ancrer dans la mentalité humaine un concept qui répond à une nécessité, entendue dans le sens d'une réponse à un problème spécifique. Il existe des avatars de différents niveaux et degrés vibratoires. On a tendance à considérer les personnalités qui ont joué un rôle en matière de fondation de religions, c'est-à-dire de développements de nouveaux principes civilisationnels (Moïse, Jésus, Bouddha, Mohammed, par exemple, pour les religions monothéistes) mais ce principe est beaucoup plus large que la question religieuse. Des personnalités politiques, des philosophes, des industriels ou des économistes, des artistes fondateurs, des inventeurs ou des scientifiques ont aussi joué des rôles cruciaux pour établir de nouveaux paradigmes dans la culture humaine. Ces envoyés de la révélation ne sont pas toujours conscients du rôle qu'ils peuvent jouer et ont, selon l'importance de ce qu'ils représentent, des imperfections de la personnalité humaine. Mais leur action et leur influence est telle que, dans les domaines qui les concernent, il est possible de définir "un avant et un après" leur intervention. Cette vérité est importante à considérer pour comprendre qu'il existe des situations où des individus, à un moment donné de l'histoire humaine, jouent un rôle qui les dépassent en temps que personnes, pour amener le groupe humain, dans son ensemble, à progresser. Chaque unité de conscience de groupe peut avoir ses "avatars", d'une nation à une communauté d'intérêt jusqu'à l'Humanité toute entière. Même si le concept n'est pas exactement le même, il est intéressant de rapprocher cette notion d'avatar de la révélation d'un autre principe appelé les "Fils de la Nécessité". Ces derniers sont souvent associés aux forces ou entités qui incarnent les lois du karma et de la réincarnation. Ces forces sont responsables de la mise en œuvre des lois cosmiques et de la justice divine, assurant que chaque action a une conséquence appropriée. Elles sont vues comme des agents de la nécessité cosmique, guidant l'évolution spirituelle des âmes à travers leurs multiples vies. A ce titre, dans une logique globale, il existe des individus de tous niveaux spirituels qui peuvent jouer l'un ou l'autre de ces rôles, selon les nécessités. J'y reviendrai peut-être un jour plus spécifiquement.
  • 4 - la réponse inévitable de l'humanité : cette vérité est simple et pourtant indémontrable. Contrepartie réelle de la petitesse dont peuvent faire preuve nombre d'individus par le monde dont les médias nous abreuvent dans les faits divers et les informations les plus terribles, il y a pourtant dans le coeur humain une capacité intrinsèque à incarner les trois vérités ci-dessus : une capacité à la compassion, simple, directe et immédiate, une capacité à s'en remettre à un principe supérieur lorsque tout semble perdu, et enfin une capacité à reconnaître et entendre ce qui est énoncé par un pair plus éclairé lorsque la nécessité l'impose. Vérité qui implique un acte de foi, c'est un appel à avoir foi en l'Humanité et en sa capacité, réelle, profonde et intrinsèque, à trouver - et cela quels que soient les freins et obstacles qui se présentent et quelles que soient les tendances qui parfois semblent prévaloir - les ressources intrinsèques qui lui permettront de se relever et de trouver la voie du juste, du beau et du vrai.
  • 5 - le progrès : les sciences tendent à progresser vers l'identification de lois et de principes fondamentaux : physique fondamentale comme le boson de Higgs et la physique quantique, connaissances astrophysiques et génétiques, découvertes sur l'intelligence biologique des systèmes du corps humain, développements d'innovations médicales ciblées et moins invasives, innovations informatiques et numériques comme la création d'internet et l'intelligence artificielle, développement de la robotique, etc. Le progrès scientifique est une illustration de la loi du progrès.
    • comme pour la loi de compassion, une incise apparaît nécessaire. Toute innovation ou découverte scientifique se situe dans un contexte d'imperfection. Dès lors, toute découverte pourra être utilisée à des fins plus ou moins morales, pour construire ou pour détruire, pour inclure ou pour séparer. Mais la connaissance scientifique agrégée apportera dans tous les cas une étincelle de lumière supplémentaire dans le mental humain.
  • 6 - la transcendance : à la suite des illustrations du Tibétain sur la maîtrise des éléments, nous pouvons évoquer la conquête de l'Espace, en commençant par l'Espace solaire. Installation de satellites ou de la station spatiale internationale dans le point suspendu de l'orbite terrestre, voyages vers la Lune ou vers Mars, exploration par des sondes de l'espace solaire jusqu'aux planètes éloignées du système solaire... Ces progressions techniques sont des illustrations de cette quête progressive de la domination verticale. Et quid des lois qui régissent l'écosystème environnemental pour la protection de l'environnement ?

La vérité est une information reconnue

Ces quelques illustrations factuelles ne sont que des illustrations issues de l'évolution récente de l'Humanité. Elles participent en revanche toutes à un agrandissement de la connaissance humaine, c'est-à-dire à l'ensemble des vérités qui auront été identifiées et qui sont présentes dans le mental humain. L'ensemble de ces vérités a nécessité qu'elles soient reconnues par la grande majorité de la communauté humaine. Reconnaître ces vérités, cela signifie accepter intérieurement le caractère vrai de certaines affirmations, c'est-à-dire décider, à un moment donné, que telle ou telle affirmation est vraie parce qu'on s'est unit intérieurement à elle.

Cette (re)connaissance peut venir du coeur, lorsqu'on a été sensible à quelque élément qu'on a reconnu comme vrai, souvent guidé par une émotion (par ex. reconnaître que la ségrégation des noirs n'est pas une vérité acceptable parce que la loi de compassion conduit à ressentir la souffrance de celui qui était ségrégué et que l'on identifie comme un frère).

Cette (re)connaissance peut aussi venir du mental. Souvent, à titre individuel, elle est le fruit de la réflexion et de la déduction personnelle. D'un point de vue collectif, cette reconnaissance suit certains dispositifs. Dans le domaine de la connaissance scientifique par exemple, cette reconnaissance a été systématisée par l'utilisation d'une méthode (la méthode scientifique qui repose sur l'expérimentation empirique d'hypothèses et la reproductibilité de protocoles d'expériences). Elle souffre de certaines limites (qu'on évoquera ci-après) mais elle a le mérite de permettre d'objectiver une intuition par le principe de la reproductibilité de l'expérience. De manière très schématique, à partir du moment où une expérience peut être reproduite plusieurs fois par plusieurs individus ou groupes d'individus, avec un nombre maîtrisé de paramètres identiques, alors le résultat de l'expérience peut être considéré - donc reconnu par la communauté scientifique - comme vrai.

Cette méthode souffre de certaines limites :

  • elle ne permet pas d'établir comme vrais des résultats d'expériences dont le résultat n'est pas observable par les sens physiques, même augmentés par des moyens artificiels comme des microscopes ;
  • elle ne permet pas non plus d'établir comme vrais des résultats d'expériences ou des observations de phénomènes avec des paramètres trop nombreux (c'est ce qui explique que l'économie, la sociologie ou la psychologie ne sont pas des sciences "exactes" par exemple, parce que les paramètres impliqués dans des phénomènes humains sont trop nombreux et difficiles à reproduire à l'identique)
  • elle prend du temps et des ressources (pour parvenir à reproduire plusieurs fois une expérience similaire à la première expérience avec les mêmes paramètres).

Toutefois, cette méthode permet d'assurer la solidité de certaines découvertes qui pourront devenir des bases pour d'autres recherches scientifiques. La mondialisation de la société humaine, accélérée par l'avènement des échanges numériques par internet, a permis une circulation de l'information de manière quasi instantanée dans l'ensemble de la communauté des chercheurs en sciences. Cette circulation permet des vérifications facilitées par différents groupes de chercheurs, et donc de garantir autant que possible la valeur de certaines vérités.

Beaucoup de vérités scientifiques sont donc aujourd'hui des informations qui ont été reconnues comme vraies par une grande majorité de la communauté scientifique, et qui servent à construire d'autres expérimentations, utiles à l'avenir pour des solutions techniques innovantes au bénéfice de tous.

L'information présentée comme vraie nécessite un acte de foi

Pour autant, l'accès à ces informations vraies n'est pas toujours facile pour le grand public. Une très grande partie des vérités scientifiques aujourd'hui sont micro-découvertes ultra-spécialisées (dans les domaines mathématiques, énergétiques, techniques ou biologiques) et sont peu compréhensibles par le grand public (qui n'a pas les connaissances techniques suffisantes pour comprendre l'intérêt de tel ou tel point validé).

Alors, certaines affirmations scientifiques qui sont faites dans les domaines de la connaissance humaine apparaissent souvent présentées comme telles, sans explications des protocoles d'expérimentations ou la présentation des publications et des échanges en comités qui ont permis d'établir telle ou telle vérité. L'individu qui n'est pas un scientifique ou qui ne souhaite pas / ne veut pas / ne sait pas consulter la littérature scientifique disponible et qui détaille les protocoles d'expérimentation, doit donc croire en l'état telle ou telle vérité scientifique, presque aveuglément. La vérité scientifique nécessite donc, pour l'opinion publique, un acte de foi.

Si la science présente de nombreux résultats techniques et innovations qui facilitent cet acte de foi pour une grande partie d'individus, ce n'est pas le cas pour tous. C'est là une limite supplémentaire - et peut-être la plus terrible - de la méthode scientifique actuelle. Par le caractère obscure des vérités techniques qu'elle présente, elle peut susciter une forme de méfiance, en particulier pour celui qui a expérimenté, à titre individuel, une blessure (physique ou psychique) en rapport avec une technique non maîtrisée (échec ou erreur thérapeutique, machine technique agressive, changement de paradigme scientifique qui invalide une ancienne information qui était considérée comme vraie, etc.). Par ailleurs, l'attitude de certains chercheurs ou praticiens techniques (probablement et heureusement pas une majorité) alimente cette méfiance, avec une posture manquant de pédagogie voire méprisante vis-à-vis du profane dans les cas les plus extrêmes.

C'est une faille du système actuel d'accès à l'information dans laquelle, comme pour toutes les fragilités d'un système, s'engouffrent les forces sombres.

L'information et la désinformation

Dès le début du XXème siècle, l'accès à une information vraie a suscité bien des réflexions parmi les nations impliquées dans des conflits. Le siècle a vu une évolution progressive du rapport à l'information. L'opinion publique (c'est-à-dire une sorte d'acceptation moyenne et globale d'un degré de vérité sur le monde) a longtemps fait peur aux élites intellectuelles (qui ont retardé la progression de la démocratie dans ses institutions : suffrage censitaire, restrictions de nationalités pour le vote, interdiction du vote des femmes, etc.).

Au moment de la première et de la seconde guerre mondiale, la maîtrise de l'information communiquée au public (c'est-à-dire la diffusion de vérités au peuple) est apparue comme cruciale : la propagande (théorisée par divers auteurs) s'est développée. Edward Bernays, un publicitaire et conseiller en relations publiques austro-américain est souvent considéré comme le "père de la propagande". Il a en effet appliqué les idées de son oncle, Sigmund Freud, sur la psychologie humaine pour manipuler l'opinion publique et influencer les masses. Son livre "Propaganda", publié en 1928, est l'une de ses œuvres les plus marquantes. Ses réflexions ont notamment fondé des techniques de manipulation psychologique utilisées dans la publicité et dans la politique. Mais l'Occident n'a pas le monopole de ces développements puisque, au XIXème siècle, Alexandre Herzen est souvent considéré comme l'un des premiers théoriciens russes de la propagande. Herzen était un écrivain, penseur et révolutionnaire socialiste qui a utilisé ses écrits et ses publications pour promouvoir des idées révolutionnaires et influencer l'opinion publique en Russie. Son journal "Kolokol" (La Cloche) est devenu un outil important de propagande pour les mouvements révolutionnaires russes au milieu du XIXe siècle. Ses idées et ses écrits ont eu une influence significative sur les générations suivantes de révolutionnaires russes, y compris les bolcheviks.

Il est intéressant de considérer que la vérité peut dès lors, lorsque l'information n'est pas libre (notamment grâce à la liberté de la presse), être sélectionnée, tordue ou simplement tue, lorsque des institutions décident d'en modifier les contours et d'avoir un impact (réel ou supposé d'ailleurs) sur l'opinion publique. La liberté de la presse et les médias, par leur caractère indépendant (de toute influence d'un Etat ou d'une entreprise) jouent un rôle important comme garde-fous. Il existe une déontologie journalistique, sorte d'engagement moral qu'un journaliste se doit de respecter dans le cadre d'une rédaction. Cette déontologie vise à établir des normes éthiques pour garantir l'intégrité, l'exactitude et l'équité dans le journalisme. On entend trop souvent, sur les réseaux sociaux ou sur des canaux télévisés ou radio polémiques, que les médias seraient corrompus et biaisés dans leur analyse. Il me semble que cela n'est pas juste et que la neutralité de principe (qui ne signifie pas la tiédeur mais le fait de se rapporter aux faits réels et observés) existe réellement dans toutes sortes de médias dans les démocraties occidentales.

L'information individualisée et le retour de la propagande

A une époque, les médias étaient structurés : des radios ou des organes de presse et une information normée. Aujourd'hui, avec le développement d'internet, n'importe quelle personne qui branche une caméra, un smartphone ou un ordinateur peut se qualifier de relais d'information. Cette individualisation de l'information doit inviter à la plus grande prudence. La vérité convoque, on l'a vu, une dimension collective. Dès lors qu'une information se retrouve réduite au propos d'un seul individu, il est nécessaire d'être prudent et de questionner le bien-fondé d'une opinion ainsi exprimée.

Pour Madame ou Monsieur Tout-le-monde, il n'est pas toujours facile de savoir quelle est le degré d'honnêteté d'un média ou d'un journaliste. Il me semble qu'il est nécessaire de se poser certaines questions pour le déterminer. Notamment : est-ce qu'un média ou un journaliste est la seule personne à parler d'un sujet. Si la réponse est oui, alors le doute est permis, car nous sommes à une époque de circulation de l'information qui rend peu crédible qu'un individu seul ait raison face à une communauté des femmes et d'hommes. Une autre question peut être intéressante à se poser : dans un domaine que je ne connais pas dans son ensemble, est-ce que ce que j'entends ou que je lis confirme ce que je pense ou bien m'interroge sur ce que je pense ? S'il confirme ce qu'un lecteur ou un auditeur pense alors même qu'il sait ne pas connaître globalement un sujet, il y a fort à parier que ce qu'il entend doit être remis en question. En revanche, s'il apprend quelque chose de nouveau ou si son opinion est soudain questionnée, alors cela est source d'intérêt. Une autre question toujours utile est de se demander si une opinion ou une vérité exprimée sur un réseau va dans le sens d'un plus grand "vivre ensemble" et d'une union supplémentaire au sein de l'Humanité : si la réponse est "oui", alors les propos méritent d'être considérés pour être réfléchis.

Le développement des réseaux sociaux, le retour de la guerre extériorisée de l'information qui reflète les guerres entre nations en ce premier quart de siècle, mais aussi l'arrivée dans le grand public de l'intelligence artificielle invitent à la plus grande prudence sur ce qui est lu, vu et entendu. Pour ma part, je me pose souvent une question, très utilitariste mais qui permet souvent d'identifier un degré de vérité d'une information ou d'une opinion exprimée : à qui profite le crime ? Identifier quels sont les intérêts (politiques, économiques ou simplement d'égo) d'un locuteur, permet de questionner l'honnêteté et l'authenticité d'un propos. Si la vérité implique un acte de foi, la désinformation et le risque des deep fakes impliquent un acte de méfiance.

La montée en puissance de certaines nations dont le modèle politique est différent des démocraties occidentales nécessite là aussi de la prudence. Il n'est pas dans le propos de cet article de jeter l'opprobre sur telle ou telle nation mais il convient d'avoir en tête qu'une nation gouvernée par un régime autoritaire est rarement à l'origine d'une information fiable qui illustrerait ses fragilités, contrairement aux démocraties occidentales qui - par le jeu de la contradiction des opinions et la plasticité de la sphère politique - permettent que soit illustrées et débattues leurs faiblesses et leurs impensés, dans un but d'amélioration générale. C'est d'ailleurs probablement pour cette raison, ainsi que l'indique le Tibétain dans ses ouvrages, que la Hiérarchie a fait le choix de soutenir les forces alliées, démocratiques, pendant la seconde guerre mondiale et non pas les forces de l'Axe (autoritaires et totalitaires) ni celles de l'empire soviétique par ailleurs (dont la période stalinienne était aussi un totalitarisme).

On prête à Winston Churchill d'avoir dit quelque chose comme : "La démocratie est le pire de tous les systèmes politiques à l'exception de tous les autres". C'est un système qui souffre de nombreuses contradictions et faiblesses, et qui illustre ses fragilités. Les démocraties occidentales ont des formes très différentes, qui illustrent qu'il n'existe pas de système miracle ou d'un système parfait pour incarner le principe démocratique. Elles se sont cherchées pendant des décennies, si ce n'est des siècles, et continuent toujours d'évoluer et de se transformer aujourd'hui. Mais la démocratie est probablement le seul système qui, à ce jour, permet de se rapprocher le plus possible d'une forme d'authenticité de la vérité, en ce qu'il permet et autorise l'expression de la diversité des opinions, dans la mesure de sa remise en question (ne sont tolérées que les opinions qui ne tentent pas de détruire son principe). En ce sens, c'est un système qui s'autorise à montrer ses faiblesses, ce que ne savent pas faire les autocraties ou les régimes totalitaires. En gardant cela à l'esprit, il me semble important de considérer que si des informations ou des canaux d'information illustrent uniquement la grandeur et les réussites de certains états, et que ces mêmes canaux d'information sont financés par ces mêmes états, et qu'en plus ces états sont étiquetés comme autoritaires par d'autres médias, alors il est nécessaire de prendre de la distance par rapport à la véracité des informations présentées.

On entend souvent des locuteurs qui ont une défiance à l'égard de ce qu'on entend dans la presse nationale classique, à la radio ou à la télévision de la nécessité de "se renseigner", de "diversifier l'information". Ce conseil est juste, à la condition de garder la tête sur les épaules et de faire preuve d'honnêteté sur les sources d'information considérées, et de réaliser un acte de foi sincère sur ce que l'on considère comme vrai ou du moins vraisemblable.

Aujourd'hui, l'information - c'est-à-dire la vérité d'un fait - est affectée par un double phénomène, en particulier sur les réseaux sociaux :

  • la manipulation de l'information : on entend ici notamment une amplification de faits existants qui sont, au mieux réels, au pire déformés, ce qui donne l'impression qu'un événement isolé est une généralité qui s'applique partout ou avec une ampleur exagérée. Un fait divers peut être valorisé comme s'il était un fait de société, alors qu'il n'est qu'un événement isolé.
  • la création de fausses informations : les fake news (qui sont des faits montés de toutes pièces notamment grâce à l'intelligence artificielle mais pas que), qui sont déguisés comme s'ils étaient des faits réels et qui donnent cette impression ; ce qu'on voit sur les réseaux sociaux n'est pas forcément vrai. Et s'ils arrivent en tête des suggestions d'informations dans un fil d'actualité sur un réseau social, c'est aussi parce qu'ils ont été créés précisément dans le but d'être sélectionnés par les algorithmes du réseau social, ce qui devrait nous inviter à la plus grande prudence.

Bien sûr, une fausse information peut, elle-même, être amplifiée, ce qui donne naissance à des faux phénomènes de société ou des mobilisations autour de faits qui n'existent pas réellement.

Il est juste de dire que les médias institutionnels et les journalistes, notamment en France, connaissent un biais dans leur manière de trier l'information à mettre en avant et dans son traitement : en effet, beaucoup de journalistes sont aujourd'hui issus des mêmes grandes écoles ou institutions, des mêmes parcours de formation qui ne sont pas si nombreux, et il existe donc un certain formatage scolaire de la profession. Toutefois, ce même formatage intègre aussi une formation à la déontologie et à la méthode journalistique, dans la hiérarchisation de l'information et une recherche d'une forme de neutralité axiologique. La limite de ce formatage en fait donc aussi la valeur sur le plan factuel. Or, ce type de garde-fous n'existe pas sur les réseaux sociaux où n'importe qui peut intervenir et devenir un relais d'information sans méthode, sans déontologie voire même avec des intentions malveillantes. Il est donc nécessaire, pour qui part en quête de vérité - y compris d'un point de vue spirituel - d'avoir bien cela en tête, et de se méfier bien plus des informations trouvées sur les réseaux sociaux (qui sont sensationnelles ou polémiques) et de ne pas refuser d'emblée les informations identifiées dans les médias traditionnels, qui sont plus fiables.

Une saine démarche consisterait à collecter l'information à partir de médias relativement neutres politiquement (en France, par ex. Le Monde, le Parisien, France Info, voire Le Télégramme), et de rechercher le traitement des mêmes faits ou événements par l'intermédiaire de médias engagés des différents bords politiques (à gauche et extrême gauche : Libération, La Croix, l'Humanité, France Inter, Le Canard Enchainé, Charlie Hebdo ; à droite et extrême droite : Le Figaro, L'Express, Le Point, Valeurs actuelles, Minute, CNews - de même, du côté libéral et européaniste : Ouest France, L'Opinion, Les Echos ; du côté souverainiste : Marianne ; et afin de diversifier les points de vue culturels, d'étudier la revue Courrier international qui traduit en français des articles de la presse étrangère sur des faits ou des événements) ; cette perspective pluraliste permettrait à la fois d'observer une vision d'ensemble des faits mais aussi d'observer comment ces faits sont reçus par des membres de la famille humaine avec des points de vue différents. Au-delà de se forger sa propre opinion, qui est utile d'un point de vue citoyen mais moins d'un point de vue spirituel, cette démarche offre aussi l'opportunité d'adopter une posture d'observateur de la manière dont nos contemporains traitent eux-mêmes un fait, et donc faire du traitement de l'information un fait en lui-même.

Puis, d'un point de vue spirituel, il pourrait être intéressant de soumettre ces informations à l'intuition et en les confrontant aux enseignements spirituels, afin d'identifier quelle est la portée d'un fait pour comprendre en quoi ce fait illustre ou a un impact sur le degré de conscience du groupe considéré (une cité, une nation, une civilisation/culture transnationale ou l'humanité prise dans son ensemble) et remonter aux causes spirituelles que l'on peut identifier derrière des événements.

La Voie du Milieu, chère au bouddhisme mais aussi plus généralement à une démarche spirituelle ésotériste, invite à adopter cette posture de neutralité à la fois vis à vis des faits et des événements mais aussi vis à vis des débats et des polémiques autour de ces faits et événements, dans une optique de détachement, afin de devenir un observateur du Monde.

Le jeu des forces sombres : faire douter de la vérité, encourager le conspirationnisme, travestir la vérité en mensonge

Il ne me revient pas de disserter trop longuement sur le rôle de la loge noire ou des frères sombres : le Tibétain l'a fait suffisamment et de façon sécurisée pour tout lecteur curieux de leur rôle et leur existence. De plus, trop focaliser l'attention sur la fraternité noire est contre-productif : l'action suit la pensée, dit l'adage (ou la programmation neuro-linguistique), et conceptualiser un concept négatif ne fait que le renforcer. Qu'il suffise de dire qu'il existe des individus dont la subsistance et les bénéfices temporels et matériels sont conditionnés par le retard pris par l'Humanité pour s'orienter vers la lumière. En effet, "à la fin", la conscience intégrera plus de lumière ; la loi du progrès est inéluctable et l'issue est certaine. En revanche, sur le plan physique de l'incarnation de l'Humanité cheminante, soumise aux lois du temps car, comme le disait Helena Blavaysky "n'est pas un principe", ce qui peut varier est le temps d'y parvenir. L'objectif de ces individus n'est pas le progrès de l'Humanité vers davantage de lumière mais qu'elle prenne du retard dans cet accomplissement, car plus elle mettra du temps à progresser, plus l'assurance "pour un temps" de leurs bénéfices personnels sera garantie. Si l'humanité est en retard, leur bénéfice sera prolongé d'autant de temps.

A l'inverse du principe du progrès, ce sont les forces de régression ou d'inertie qu'ils manipulent. Dès lors, tout ce qui peut retarder ou empêcher cette progression leur sera un bénéfice temporel. Qu'il suffise de dire, avec le Tibétain, que la plupart des frères sombres sont inconscients de leur action, et que tout disciple sur le chemin jusqu'à la 2ème initiation est susceptible de jouer ce rôle sans qu'il ne s'en rende compte, à un moment ou à un autre de son existence. Ce qui signifie que nous pouvons aussi être complices individuellement et collectivement de cette démarche, lorsqu'on cède aux sirènes de l'inertie, du confort excessif, de la paresse ou de l'insuffisance.

Dans le rapport à l'information et à la vérité, il est important de comprendre qu'un des objectifs des frères sombres (consciemment ou inconsciemment, on le répète) sera de travestir la vérité (et les vérités) pour transformer des mensonges en vérités. Les dérives qu'on constate sur les réseaux sociaux vont dans ce sens : tout ce qui relève du conspirationnisme, de la défiance envers la communauté scientifique globale, de la méfiance envers les institutions dans les démocraties occidentales, participe clairement à faire le jeu des forces de l'ombre. J'invite les lecteurs à la plus grande prudence vis-à-vis des influenceurs ou des chaînes d'information qui vont dans ce sens. La vérité, on l'a déjà précisé, vise à inclure et à se fonder comme un point de référence large et partagé dans la communauté humaine. Elle nécessite un acte de foi. Qui va dans le sens de la défiance à l'égard de ce qui est commun ou tout ce qui tend à exclure l'autre, à le stigmatiser ou à semer le doute dans l'honnêteté de la communauté humaine, ne va pas dans le sens du Vrai et contribue à entretenir des illusions.

Cela réclame une attention soutenue dans son rapport à l'information. Il est toujours nécessaire de se poser les questions sur les raisons qui animent un locuteur à énoncer certaines choses. Des exemples :

  • Sur les propos de tel locuteur qui connaît un succès : quel intérêt a une personne d'énoncer quelque chose qui va à contre-courant de ce qui est collectivement entendu ? Est-ce que c'est pour être un lanceur d'alerte ou bien pour "faire le buzz" et gagner un nombre de vues qui générera un revenu publicitaire et donc une rémunération accrue ? La personnalité du locuteur peut avoir son importance : s'agit-il d'une personne reconnue pour son calme, son intelligence et sa bienveillance ou d'une personnalité qui semble avoir un égo très important ? Si la réponse est la seconde proposition, la méfiance là aussi doit être de mise.
  • Sur tel canal d'information à contre-courant : est-ce un média libre sans investisseur privé à la réputation sulfureuse ou bien une chaîne financée par un état qui est reconnu comme engagé dans une guerre d'agression à d'autres nations et qui est reconnu comme autoritaire ?
  • Sur telle information surprenante : est-ce que les sources sont citées ou bien aucune source ne l'est ? Est-ce que d'autres médias différents en parlent ? Est-ce que cela semble raisonnablement vraisemblable, ou bien cette information n'est évoquée nulle part ailleurs ?

En réalité, les forces sombres s'insèrent toujours dans les interstices laissés par nos faiblesses, aux uns et aux autres. C'est d'ailleurs probablement leur rôle : tester la capacité qu'ont les disciples sur le sentier spirituel à cheminer dans la Voie du Milieu, qui est le chemin du Juste et du Vrai. Nos faiblesses et nos incohérences, nos impensés et nos préjugés, sont autant de failles dans lesquelles se glissent ces "testeurs de l'engagement". Si vous êtes enclins à croire à l'existence de conspirations mondiales fomentées par d'obscurs services secrets, demandez-vous sincèrement pourquoi vous croyez à cela et si cette croyance est juste. Si vous êtes enclins à adresser de la méfiance à l'égard de la communauté de milliers de scientifiques et de médecins, demandez-vous sincèrement pourquoi vous pensez cela et si cette pensée est juste. Si vous vous sentez captivé par les paroles d'un animateur de foules qui présente bien ou dont le verbe semble haut et sensationnel, interrogez-vous sur les raisons de cette fascination.

Il revient à chacun de s'interroger et de trouver le juste chemin.

Faire un effort : soulever le voile, dissiper le mirage, surmonter l'illusion

Le jeu des forces sombres est un jeu auquel, en réalité, nous participons tous, lorsque nous restons dans l'inconscient du quotidien. Il est pourtant possible de ne pas s'y soumettre. Sur le plan de la quête de la vérité, nous disposons de ressources qui nous sont communes à tous, chaque membre de l'humanité que nous sommes :

  • notre capacité à user de nos 5 sens physiques (voir, goûter, sentir, entendre, toucher) mais aussi de nous mouvoir dans le monde ;
  • notre capacité à ressentir ce qui nous unit aux autres et au monde et qui génère des émotions, qui peuvent créer un mouvement ;
  • notre capacité à analyser et à créer des pensées pour comprendre et modifier le monde.

Je parle bien ici des trois instruments qui sont disponibles pour notre personnalité : notre corps physique, notre corps émotionnel et notre corps mental. Eclairés par l'âme, ces capacités peuvent être mobilisées pour qui décide, intérieurement et profondément, d'en faire l'effort.

Alice Bailey / le Tibétain, dans son ouvrage Le Mirage, problème mondial, explore trois concepts clés liés à ces instruments lorsqu'ils interviennent dans la quête de la vérité : l'illusion, le mirage et la maya. Ces notions sont essentielles pour comprendre les défis spirituels et psychologiques auxquels l'humanité est confrontée, dont les développements précédents sur la désinformation ne sont qu'une illustration contemporaine.

Soulever le voile de maya

La maya, dans l'enseignement d'Alice Bailey, est l'illusion de la réalité physique. Elle est liée aux sens et à la perception matérielle. La maya nous fait croire que le monde matériel est la seule réalité, occultant ainsi les dimensions spirituelles et énergétiques de l'existence.

Par exemple, une personne peut être tellement absorbée par les plaisirs sensoriels (nourriture, divertissement sexualité, etc.) qu'elle néglige les pratiques spirituelles ou la méditation. Cette fixation sur le monde matériel peut limiter notre capacité à percevoir les vérités spirituelles.

En termes d'enjeu, la maya est un voile qui cache la véritable nature de l'existence. Transcender la maya, soulever voire même déchirer son voile, est essentiel pour accéder à une compréhension plus profonde de la réalité et pour vivre en harmonie avec les principes spirituels. Soulever ce voile est généralement ce qui enjoint un disciple à s'engager sur le chemin spirituel. La méditation, dans ses premières étapes de désidentification notamment, aide à progressivement soulever le voile de maya - mais cela réclame un effort soutenu et continu au-delà de l'acte de méditer. La véritable méditation est un état permanent qui perdure avant et après l'exercice de méditation à proprement parler.

Dissiper le mirage

Le mirage est une distorsion émotionnelle de la réalité. Il est souvent alimenté par des désirs, des peurs et des émotions négatives. Contrairement à l'illusion qui est mentale et que nous évoquerons ci-après, le mirage est principalement émotionnel.

Par exemple, une personne peut être tellement influencée par la peur de l'échec qu'elle voit chaque défi comme une menace insurmontable. Ce mirage émotionnel peut paralyser nos actions et nous empêcher de prendre des risques nécessaires pour la croissance personnelle, professionnelle ou spirituelle.

L'enjeu actuel est que le mirage empêche les individus de voir clairement leurs émotions et de les gérer de manière constructive. Il apparaît important de dissiper le mirage pour atteindre une stabilité émotionnelle et une clarté intérieure, essentielles pour le développement spirituel. Les forces sombres aujourd'hui, par le biais du divertissement ou de la désinformation sensationnelle (reportages choc, mise en scène dignes de films à sensation), encouragent le mirage. Beaucoup de contenus dispensés sur les réseaux sociaux ou dans les médias non-maîtrisés en sont une illustration : tout ce qui, dans ces contenus, génère de la peur contribue à refroidir l'audace d'aller de l'avant. Tout ce qui, dans ces contenus, génère de la colère ou à l'inverse de l'apitoiement contribue à s'éloigner du Juste. Mais le mirage ne se limite pas aux informations pour autant, loin s'en faut. Là aussi, la pratique de la méditation participe à dissiper le mirage créé par les émotions.

Surmonter l'illusion

L'illusion, selon Alice Bailey, est une fausse perception de la réalité qui provient principalement du mental. Elle se manifeste lorsque notre compréhension intellectuelle est déformée par des idées erronées ou des croyances limitantes.

Par exemple, imaginez une personne qui croit fermement que la richesse matérielle est la seule source de bonheur. Cette croyance peut conduire à une quête incessante de biens matériels, négligeant les aspects émotionnels et spirituels de la vie. Cette illusion peut empêcher la personne de trouver un véritable épanouissement. C'est aussi sur ce plan que les forces sombres jouent aujourd'hui dans la société de l'information, sur le plan des fake news ou fausses informations que nous avons longuement évoquées, en encourageant l'inertie de la pensée et de la progression spirituelle, en valorisant de manière malsaine la séparativité et la détestation de "l'autre".

En termes d'enjeu, l'illusion est aussi un obstacle majeur à la croissance spirituelle. Elle empêche les individus de voir la réalité telle qu'elle est et de comprendre leur véritable nature. Pour le Tibétain, surmonter l'illusion est crucial pour atteindre une conscience plus élevée et une compréhension profonde de soi et du monde. Là encore, la méditation, en ce qu'elle apprend à clarifier le mental et à l'aligner avec l'âme, contribue à développer la pensée claire, en "maintenant fermement le mental dans la lumière".

En surmontant ces trois obstacles, les individus et l'humanité peuvent atteindre une conscience plus élevée, une clarté mentale et émotionnelle, et une connexion profonde avec leur essence spirituelle. Accomplir cette démarche permettra de vivre une vie plus équilibrée, plus épanouissante et en harmonie avec les vérités universelles.

Cette démarche d'émancipation n'est pas sensationnelle ni tonitruante, elle repose souvent dans le silence extérieur. Comme le dit le Tibétain :

Derrière ces mots illusion, mirage et maya, se tient la VERITE, claire conscience de l'Etre, de l'Existence et de la Réalité essentielle et initiale. C'est la raison pour laquelle le Christ garda le silence devant Pilate qui symbolisait l'intellect humain : il savait qu'aucune réponse ne pourrait avoir un sens quelconque pour ce mental limité et voilé.

Alice Bailey, Le Mirage, problème mondial, p.167

La Vérité spirituelle réside en effet au-delà de ces trois voiles successifs. Elle nécessite un effort, comme le rappelle sans cesse le maître de l'Agni Yoga dans ses enseignements :

Toutes les manifestations des énergies sont créativement saturées lorsque l’impulsion qui les déplace provient de la source du cœur. Ce qui, dans le Cosmos, est considéré comme la véritable force motrice, dans le laboratoire du cœur s’appelle l’effort.

Monde de Feu III, §207

Seule la prise de conscience permet une action indépendante. Seule l’action indépendante est en phase avec l’Aimant Cosmique, et la créativité de l’esprit, qui agit sur le pas désigné, et produit l’effort.

Infini II, §252

Chaque pensée qui naît de l'effort crée dans l’espace. Chaque pensée qui naît de l'effort crée crée des formes.

Infini II, §276

Le but et le sens de l’existence est de faire un effort au-delà des limites du connu, et de s’entraider

Les Feuilles du jardin de Morya, tome II Illumination, § 83

Lorsque l’esprit entoure la puissance manifestée de son essence avec les lourdes accumulations, il s’éloigne de l’effort. Les fardeaux sont si lourds que l’esprit perd son approche de la Tour. C’est pourquoi ceux qui connaissent cette affirmation vont de l’avant en transmuant leur ego. Quand l’esprit ne s’efforce pas de survivre à ses fardeaux, il attire l’obstacle affirmé. Ainsi, il y a un équilibre entre l’effort et les conséquences... L’égoïsme prive l’homme de l’effort merveilleux. Quelles remarquables définitions de l’effort — cette clé à toutes les Portes — sont données dans les livres de l’Enseignement !

Lettres d'Elena Roerich, p.37

L’intrépidité et l’effort sont deux des fondements de l’Enseignement. Il est presque impossible d’arrêter quelque chose qui est en mouvement par l'effort. De même, l’effort de la pensée surmonte tous les obstacles.

Lettres d'Elena Roerich, p.43

L'effort, c'est donc cette force motrice essentielle qui provient de la volonté, du coeur et de la conscience de l'Homme. Il est une clef essentielle pour la créativité, la réalisation personnelle et la connexion avec les forces cosmiques. Il est la force mobilisée pour se détacher des lianes mortifères et néanmoins fragiles de l'inertie que nous nous accrochons à nous-mêmes lorsque nous ne cherchons pas à utiliser les ressources qui sont les nôtres pour chercher la Vérité. Ces lianes qui nous retiennent, nous les laissons accrochées à nos pieds par notre incurie, notre refus - par facilité, par flemmardise, par confort ou par couardise - de les retirer.

Il est de la responsabilité de chacun d'y veiller. Efforçons-nous vers la Vérité.