Regards › L'affaire Krishnamurti

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mercredi 3 mai 2006

L'Enfant Krishnamurti et la Société Théosophique - 1/3

Krishnamurti

L'affaire Krishnamurti a fait grand bruit à son époque. Elle a servi d'alibi pour un certain nombre de détracteurs pour attaquer et discréditer la Société Théosophique. Pourtant, qu'en est-il réellement ? Quels sont les tenants et aboutissants de cette affaire si particulière ?

J'ai beaucoup hésité à mettre en place une page sur cette question sur mon site web. Il n'est pas toujours bon, en effet, de remuer les fonds des marais pour faire remonter à la surface de l'eau vaseuse, quelque composante peu ragoûtante. D'abord parce qu'il est parfois bon d'enterrer les "cadavres" pour que le flux du temps les efface. Ensuite, parce que ce genre d'événement n'a pas forcémment beaucoup d'intérêt d'un point de vue "spiritualiste". Enfin, parce qu'il n'est pas aisé de revenir sur un événement (ou un "affaire"), plusieurs dizaines d'années plus tard, sans connaître ni la totalité des détails, ni l'ensemble des motivations présentes.

Néanmoins, j'ai décidé de mettre en ligne ce sujet pour trois raisons :
  • la première, parce que le recul temporel permet de comprendre, néanmoins, un contexte dans un sens plus global que ce qui apparaîssait sur le moment ;
  • la seconde, parce que beaucoup de choses ont été dites, dogmatiques d'un côté comme de l'autre, sous le feu de la passion, de la désinformation ou du mauvais aloi ;
  • la troisième, parce que l'affaire Krishnamurti regorge des détails qui touchent directement à la question de l'occulte et qui ont très souvent été écartés.

Dans cette affaire, et étant donné que je me considère comme objectif vis-à-vis de la Société Théosophique ou de Krishnamurti (n'étant ni un disciple de la Société Théosophique, ni de Krishnamurti, ni d'une école quelle qu'elle soit, et ayant, qui plus est, étudié les enseignements des deux "partis"), il me semble profitable de revenir rapidement sur cette question.et lever certaines ambiguitës.

Rappel historique


Jiddu Krishnamurti naquit en Inde en 1895. Huitième enfant d'une famille brahmine de dix enfants, il est nommé ainsi en souvenir de Krishna, huitème avatar de Vishnou dans la religion hindouiste. Sa mère mourra lorsqu'il eut atteint 10 ans. Son père, après la mort de sa femme et son entrée en retraite, demande à Annie Besant, qui dirige la Société Théosophique dont il est membre, de l'aider à nourrir sa famille. Le père, Krishnamurti et les autres enfants s'installent donc ainsi à Adyar (en Inde), lieu où la Société Théosophique lui offre un poste d'assistant au secrétariat. Un beau jour, encore enfant, Charles W. Leadbeater, clairvoyant et haut dignitaire de la Société Théosophique, voit en le jeune Krishnamurti une aura rayonnante et une absence totale d'égoïsme. Convaincu de voir en lui le futur "Instructeur du Monde", la Société Théosophique met en place un ordre spécifique (L'Ordre de l'Etoile d'Orient) afin de préparer l'enfant à l'enseignement spirituel et lui permettre d'être adombré par le Christ / Maitreya. Dans le cadre de cet ordre, l'enfant connaît une forte acculturation de culture britannique et devient véritablement entouré par des disciples théosophes de plus en plus nombreux. Recevant des enseignements par le biais du Maître Khout Houmi, et si l'enfant révèle une acuité extraordinaire pour la perception de la connaissance de l'être, un incident se produit. En effet, Krishnamurti répudie avec fermeté cette image messianique, et prononce en grand fracas, en 1929, la dissolution de l'organisation qui s'était constituée autour de lui. Il déclara alors que la vérité était "un pays sans chemin", dont l'accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies. Par la suite, le rayonnement de Krishnamurti fut mondial et sa philosophie, une sorte de nihilisme fondé sur la non-dualité, connaîtra un développement incroyable jusque dans les années 1980. Krishnamurti meurt en 1985.

La question se pose : que s'est-il passé ? Est-ce que Charles W. Leadbeater s'est trompé dans la perception de l'aura de Krishnamurti ? A-t-il été victime d'une illusion mentale ? Est-ce que Krishnamurti n'était qu'un disciple parmi d'autres avec une acuité intellectuelle notable ? Ou bien est-ce Krishnamurti qui a fait le choix de refuser la mission qui lui avait été confiée ? Ou bien est-ce Krishnamurti qui a chûté après avoir passé une initiation ? Toutes sortes d'interprétations ont été faites de ces événéments. Des plus ésotériques aux plus scabreuses, dignes des tabloïds britanniques d'aujourd'hu... De cette situation, la Société Théosophique connut une véritable claque : scissions, désaffection de nombreux disciples, "purge interne" des membres pour tenter de sauver les meubles, attaques vis-à-vis de Charles W. Leadbeater... Bref, le cataclysme dans la sphère théosophique est à la mesure de l'incompréhension totale...

Analyse personnelle de la question


Il ne m'intéresse absolumment pas de réveiller la polémique, de la raviver ou d'y participer. Il me semble néanmoins intéressant d'apporter ma vision des choses sur cette question, et cela autour de trois axes de réflexion : d'abord, les enjeux mondiaux de l'époque pour l'Humanité, puis la responsabilité de la Société Théosophique dans cette affaire, et, enfin, la responsabilité de Krishnamurti dans ce choix.

Contexte et enjeux mondiaux pour l'Humanité

  • la période correspondante (1929) correspond à une période de fin de Cycle. Symbolisée, si j'ose dire, économiquement, par la fameuse crise internationale majeure (la première grande crise mondialisée du capitalisme moderne), un événement majeur devait y correspondre sur le plan spirituel : un échec, une cassure, une destruction de "l'ancien monde" ;
  • l'Humanité était dans la période préparatoire aux terribles événements de l'âge obscure qui allait naître quelques années plus tard : l'avènement des idéologies totalitaires et la négation totale de l'Humanité dans ses retranchements les plus sombres ;
  • des deux logiques événementielles précédentes, on peut tout à fait comprendre que, d'un point de vue global, l'incarnation (ou l'adombrement) d'un avatar n'était karmiquement pas faisable, et avec le recul, pas souhaitable ;
  • la nécessité d'un enseignement ésotérique fort (une deuxième pierre) était néanmoins fortement souhaitable pour préparer l'avenir (et ceci avait commencé à être réalisé par le biais d'Alice Ann Bailey dès le début des années 1920) ;
  • la destruction de l'ancien monde était ce qui devait être réalisée ;
  • la focalisation sur la question de l'autonomie individuelle à développer (et la défense de la liberté absolue de l'individu), qui sont la base de la philosophie de Krishnamurti bien que n'allant pas jusqu'au bout du raisonnement (cf. Advaita), était une graîne nécessaire pour former une contrepartie à l'idéologie totalitaire qui était entrain de naître en Europe occidentale.

Quelle responsabilité de la Société Théosophique ?

  • Charles W. Leadbeater nous apparaît comme étant indépendant de l'affaire en tant que tel, sa sincérité ne nous semblant pas devoir être mise à mal : la captation de la capacité spirituelle de Krishnamurti a été effective et de fait prouvée par le rayonnement mondial et l'acuité intellectuelle de Krishnamurti pendant le 20ème siècle qui a suivi ;
  • la mise en place d'un Ordre fermé autour de l'enfant n'a sans doute pas été de bon aloi, psychologiquement parlant, encourageant l'enfant Krishnamurti, par les nombreuses règles présentes, à désirer une liberté d'individu pour se libérer du joug procédural qui était mis en place ;
  • la dévotion (ou bigoterie) de nombreux disciples théosophes de l'époque envers Krishnamurti n'a sans doute pas aider au niveau de la construction émotionnelle de l'enfant : le but de l'éducation de l'Ordre de l'Etoile d'Orient était de faire de Krishnamurti un être médiumniquement réceptif à l'adombrement du Christ / Maitreya ; dès lors, la présence dévotionnelle (bigote) de nombreux théosophes a sans doute dû perturber sa construction personnelle (à l'inverse de celle de "son âme") ;
  • la Société Théosophique de l'époque devenait "sectaire" dans la pensée de certaines de ses unités nationales et locales (sectaire au sens de "fermée aux évolutions idéologiques") ; la preuve en est fait les nombreuses scissions qui ont précédé l'affaire Krishnamurti (création de l'Anthroposophie, de la Loge Unie des Théosophes, du Lucis Trust d'Alice Ann Bailey, etc.) ;
  • l'affaire Krishnamurti nous apparaît comme un "juste retour karmique" envers la Société Théosophique en tant que structure (il ne s'agit en effet pas de jeter l'oprobre sur Mme Annie Besant ou Mgr Charles W. Leadbeater), structure qui devenait du "n'importe quoi" de par de nombreux "disciples" (ou nommés comme tels ?) non sincères dans leur approche spirituelle, ainsi que par un agencement institutionnel fermé, statique, cristalisé (évolution logique de toutes les institutions humaines qui finissent par se renfermer sur elles-mêmes).

Quelle responsabilité de Jiddu Krishnamurti ?

  • Krisnamurti a connu des premières approches d'adombrement du Christ / Maitreya qui ont été effectives mais n'a pas souhaité aller au-delà ;
  • les motifs du refus de Krishnamurti n'étaient pas absolumment purs, quoiqu'en partie sans doute inconscients : psychologiquement, désir de se libérer de la contingence mise en place par l'Ordre de l'Etoile d'Orient ; sociologiquement, la volonté de se libérer du poids de la "mission" qu'on attendait de lui ; spirituellement, refus de l'Initiation du grand renoncement et de l'adombrement (qui était théoriquement et potentiellement réalisable) par le Christ / Maitreya ;
  • Krishnamurti a sans doute refusé cet adombrement spirituel de par la peur (humainement légitime) que sous-entendait l'accueil du Christ en soi ;
  • ayant passé l'initiation d'Arhat (nécessaire à l'adombrement christique), Krishnamurti s'est retrouvé "seul" (c'est une des conditions de cette initiation) dans sa faculté d'exercer des choix : il a fait le choix de raisonner selon l'enseignement de l'Advaita, l'une des voies les plus complexes de la philosophie hindoue, qui lui avait permis de s'émanciper dans sa vie antérieure ;
  • la conjonction des poids psychologique et sociologique, d'une part, mais surtout la faculté du choix "dans la solitude" (de l'Arhat) couplé à l'angoisse de l'adombrement christique, ont conduit Krishnamurti à refuser la voie du Service qui lui était proposée ;
  • Krishnamurti n'était sans doute pas entièrement conscient, de par sans doute une humilité spirituelle réelle mais pas parfaitement assimilée, à l'image d'un "Parsifal", que son enseignement dispensé aux individus/disciples, n'était pas attitré pour l'émancipation spirituelle de l'Humanité.

Pour appuyer ces composantes (qui s'interpénètrent et qui doivent être relativisée dans leur juste mesure), merci de consulter deux extraits d'un ouvrage dont je tairai la référence, et que j'ai reproduits dans les deux points suivants ("Le problème que pose la pensée de Krishnamurti" et "Quelle implication ésotérique des choix de Krishnamurti").

jeudi 4 mai 2006

Le problème que pose la pensée de Krishnamurti - 2/3

Krishnamurti

Les passages qui suivent sont présentés sous la forme d'un dialogue entre spiritualistes. Il sont extraits d'un ouvrage dont je tairai les références :

Où des ésotéristes (le narrateur, trois hommes et une femme) discutent de l'approche de Krishnamurti


- Trouvez vous vraiment Krishnamurti si négatif ? (demande le narrateur)

- Moi ? Je le trouve tout simplement l'Apôtre de la Négation, (répliqua-t-elle). Et puis, il est tellement contradictoire : il déclare que chacun doit penser par soi-même - idée jusqu'à un certain point très belle - et puis il barre toutes les avenues de la pensée individuelle... Il nous affirme que nous ne pouvons pas atteindre le But par la contemplation, l'art, la beauté, par l'aide des Maîtres ou des rites religieux. Et pourquoi au monde pas ? Krishnamurti peut n'avoir lui-même besoin d'aucune de ces choses, mais que sait-il des autres ? Et si eux choisissent de chercher Dieu à travers la beauté, l'art ou quoi que ce soit d'autre ?... Allons donc ! toutes ces vieilles religions et philosophies - que, soit dit en passant, il semble n'avoir pas étudiées, à moins qu'il ne les ait jetées au panier avec le reste - et tous les Maîtres, de temps immémorial, ont fait entendre que, par quelque voie que l'Homme s'efforce d'atteindre Dieu, il parvient toujours à Lui ! Krishnamurti non seulement détruit le Sentier, ou les Sentiers, mais il renie encore le But lui-même. Et surtout l'on ne doit pas, selon lui, user du mot de Dieu... La suprême Réalité de Krishnamurti n'est qu'une nébuleuse abstraction nommée parfois "Vie", parfois "Vérité", mais ne vous apportant jamais la moindre sensation de joie ou de ravissement.

- C'est que vous, aimables dames (fit le premier homme en souriant) n'avez jamais été très passionnés d'abstraction ; c'est là un aspect de votre psychologie... Ce qu'il vous faut, c'est un gentil Bon Dieu, très paternel, assis sur un gros nuage doré et qui inlassablement distribue, dès que vous criez à lui, d'onctueux et suaves encouragements.

- Ce n'est pas du tout ce dont j'ai besoin ! (fit-elle en riant). Mais vous devez admettre ceci : que l'on soit dualiste, et conçoive en dehors et au-delà de soi un Dieu, auquel on aspire et que l'on adore, ou que l'on soit moniste et cherche à se réaliser soi-même en tant que Moi Unique, la raison, et encore bien davantage le coeur, demandent un But qui soit pour le moins attractif ! Peut-être pensez-vous que c'est faiblesse et lâcheté que de ne pas vouloir se tenir debout sur une cime montagneuse, sans nulle sauvegarde, au milieu d'une tempête de vent glacé, à contempler le Vide. Mais, moi, je me demande l'utilité d'un tel stoïcisme ! Si cette Perfection de Krishnamurti est, dans son idée, synonyme de "Bonheur", quel pâle et chétif bonheur à côté de la joie dont [ma vieille amie] parlait, et qu'elle a vécue ! Elle ne rabaissait pas Dieu à des proportions humaines : elle le plaçait au-delà des plus extrêmes limites de la pensée, mais pour mieux démontrer que toute bauté, tout mystère, tout merveilleux ne sont que des lueurs passagères, des reflets de cette Réalité trop éblouissante pour être contemplée sans voiles... Le Maître qui parlait à travers [ma vieille amie] révélait un Dieu qui est l'essence même de l'Amour (auquel, consciemment ou non, tout être humain aspire profondément) et dont la lumière rayonne sur chacun, selon ses besoins particuliers. Ce Maître disait : "L'intelligence humaine ne sait pas davantage concevoir l'Absolu que l'insecte rampant sur le sol ne saurait comprendre un Maître, mais ce que vous devez savoir, c'est qu'Il est tout Amour... et que l'Amour est la raison d'être de l'univers, la raison de votre propre existence !"

- Pourtant Krishnamurti ne dénie pas l'Amour, (objecta le narrateur) ; il fut un temps où il en parlant sans cesse.

- Il fut un temps, peut-être... mais ce n'est plus le cas ; et même, s'il ne lui arrive de le faire, l'amour dont il parle m'apparaît comme quelque chose d'impersonnel et de vague qui a presque peur de s'affirmer... Quelle impression différente, lorsqu'on entendait parler le Maître Khout Houmi ! "L'amour que je ressens pour chacun de vous, disait-il, c'est là Dieu...". Et encore : "Amour et Vérité sont la base fondamentale de l'univers. Amour et Vérité, Vérité et Amour...". Cela ne ressemble guère à Krishnamurti : "La Vérité ne saurait apporter aucun réconfort...". Comment faut-il concilier ces deux points de vue ?

- Le désirez-vous particulièrement ? (demanda un autre protagoniste)

- Pas moi personnellement. Cinquante Krishnamurti ne sauraient détruire en moi l'idée des "Maîtres"... Seulement, je pense aux pauvres gens qui ont été formés dans les mêmes idées, peut-être, mais qui n'ont pas, pour "tenir", notre ténacité de bouledogues. Comme à nous, on leur a dit que les Maîtres sont leurs Frères Aînés, qui s'efforcent tendrement de les guider vers "l'union avec l'Infini sur des plans de plus en plus élevés" - ainsi que l'écrit quelque part le vieux Leadbeater. Et voici Krishnamurti qui vient les assurer que les Maîtres ne sont autre chose que des béquilles ; ils jettent donc loin leurs béquilles, font quelques pas en chancelant, et s'écroulent sur le sol. Leur offre-t-il des ailes, à la place de ces béquilles, ou leur montre-t-il du moins comment les faire croître ? Aucunement ! Il n'est pas assez psychologue pour les guider vers le chemin qui est le leur ; il prescrit à tous la même recette : Ce que j'ai fait, vous pouvez le faire, sans tenir compte des limitations individuelles créées par le Karma et le degré d'évolution, différents pour chacun. [Ma vieille amie], elle, savait que l'on ne peut jamais traiter deux êtres de la même façon ; c'était le secret de son succès avec n'importe quel individu : elle ne distribuait pas indistinctement l'huile de ricin à toute la classe !

Les quatre autres protagonistes se mirent à rire

- Vous avez beau jeu de rire, vous autres... Je suppose qu'il est bon de forcer les gens à agir et penser par eux-mêmes, (poursuivit-elle). Mais combien de ceux qui ont écouté si longtemps la voix de l'Autorité - représentée par la Société Théosophique - sont-ils capables de réflexion individuelle ou ont-ils assez de discernement pour savoir "séparer l'ivraie du bon grain" dans l'enseignement de Krishnamurti ? Vous auriez dû voir l'expression de quelques-uns de ces visages, tandis qu'ils s'efforçaient, avec tant de conscience et de peine, de suivre le Maître du Monde jusqu'à ses glorieuses et austères altitudes ! Ils finissaient par se dire - du moins s'ils étaient sincères avec eux-mêmes - qu'il n'y avait, dans tout cela, nulle perspective de gloire pour eux, mais seulement un grand vide ! A leur regard consterné, vous pouviez deviner l'enfer par lequel ils passaient ; et cela se lisait tout spécialement dans les yeux des femmes. Il leur a tout enlevé : réincarnation, survivance des âmes, revoir avec les siens dans l'Au-Delà, aide et compassion des Maîtres, enfin quoi, toute la structure spirituelle de leur vie ; et il ne leur a rien donné en retour, si ce n'est un état de conscience nébuleux, qui ne fait pas le moindre appel au coeur et à l'imagination. Ces pauvres êtres, ils débattent inutilement dans le vide ! Trop dociles et trop soumis pour renier totalement Krishnamurti et s'en tenir à leurs anciens idéals, tout à fait incapables de comprendre à quoi ce dernier veut en venir ni de retirer de ses discours une satisfaction quelconque ; manquant, d'autre part, de l'initiative voulue pour se dégager énergétiquement et suivre leur propre voie, ils se demandent si les enseignements reçus jadis n'étaient peut-être, après tout, qu'une charmante fiction... C'est la désolante conclusion qu'il leur faut envisager durant les nuits sans sommeil. Rien de plus navrant que de devoir révéler à quelqu'un que ce qu'il croyait n'existe pas. Même l'être qui ne croît qu'en lui-même s'effondre, lorsque cette foi est ébranlée. Qu leur reste-t-il à faire, maintenant ? Krishnamurti a détruit tous leurs anciens points de repère. S'ils se risquent à penser et à agir selon les critères d'autrefois, ils reçoivent sur les doigts... S'ils en appellent à Krishnamurti lui-même, dans l'espoir qu'il a encore "quelque chose dans sa manche", quelque croyance inexprimée qui leur permettrait de concilier l'ancien et le nouveau, les voilà frustrés de nouveau sur toute la ligne ! Que va-t-il advenir d'eux ?

- Probablement (dit le troisième homme) surgira-t-il quelqu'un qui travaillera à leur redonner la foi dans les Maîtres.

- Il se pourrait bien que ce fût trop tard et qu'ils ne soient plus en mesure de répondre à cet effort. Les uns seront trop vieux, les autres trop découragés. Vous ne pouvez mettre en pièces des croyances datant de longues années en arrière sans amoindrir la faculté même de croire ; je suis presque certaine de cela. Parfois, je me demande si les Maîtres eux-mêmes n'éprouvent pas quelque tristesse, à voir l'abïme que Krishnamurti a creusé entre eux et tous ceux dont il étaient autrefois à même de guider les pas.

La femme s'étant retirée, les trois hommes discutent de la pensée de Krishnamurti


- Personnellement (remarqua le narrateur), j'ai toujours pris un intérêt particulier à l'évolution de Krishnamurti. Qu'il ait commencé par être un Dualiste, pour devenir ensuite un Moniste védantique, un Advaitiste, est un cas des plus singuliers. C'est dommage qu'il ait ensuite rabattu de son Advaitisme, au lieu d'aller jusqu'à ses dernières conséquences. Se contenter de nous déclarer que la Vérité est le Bonheur, ou même l'éternel Bonheur, n'est pas tout à fait suffisant. Le véritable Advaitiste affirme que la Vérité est l'Existence, la Connaissance, la Félicité absolues...

- Ah ! s'il disait cela, (intervint le troisième homme), l'impression serait assez différente. Mais soutenir, par exemple, que la Vérité ne saurait apporter aucun réconfort sans expliquer et compléter immédiatement cette déclaration, c'est tout simplement bouleverser les âmes et les laisser totalement insatisfaites. Lui-même, qui se sait être cette Félicité absolue, n'a pas besoin de consolation, et c'est là toute la question !

- Je me demande (dit pensivement le deuxième homme), s'il se rend même compte que c'est l'Advaita qu'il enseigne !

- Pas la moindre idée ! (fit le premier homme).

- Il a tellement l'air de craindre les gens qui trouvent un point de contact entre sa philosophie et leurs propres croyances, que j'en doute vraiment un peu (dit le deuxième homme).

- Qu'il s'en rendre compte ou non, le fait subsiste (dit le narrateur), et je puis facilement le prouver.

[après avoir saisi un exemplaire du Star Bulletin, le narrateur reprit la parole :].

- Ecoutez ceci : "L'épanouissement spirituel ne procède pas du fait de suivre un guide, un maître ou un prophète... Se faire le disciple d'un autre est une faiblesse... Un médiateur n'est qu'une béquille... La Vérité ne réside pas dans les distinctions, les ordres, les sociétés, les églises... [...] Comme je suis libre de traditions et de croyances, je voudrais libérer les autres des croyances, des dogmes, des credos et des religions qui conditionnent leur vie."

[le narrateur prit les Confessions de Vivekananda sur le Védanta et lut :]

- "Rien ne fait de nous un être moral comme le Monisme... Lorsque nous n'avons plus personne sur qui régler nos pas tâtonnants, plus personne sur qui faire tomber notre blâme, quand nous n'avons plus de Diable ni de Dieu personnel à qui attribuer nos maux, alors seulement nous nous élevons vers ce qu'il y a de meilleur et de plus Haut... Livres et pélérinages, Védas et ristes religieux, ne pourront jamais me lier... Je suis l'Absolue Félicité...".

[le narrateur poursuivit sa lecture à partir d'un autre Star Bulletin : ]

- "... Le "Je" est la limitation résultant de la séparativité... A chaque instant de la journée, par un effort incessant et concentré, nous devons faire tomber ce mur de la limitation et nous instaler dans la vraie liberté de conscience. C'est là l'immortalité... Etre au-deà du temps et de l'espace, au-delà de la naissance et de la mort..."

[le narrateur revint une fois de plus au Vivekananda :]

- Dites-vous jour et nuit que vous êtes cette âme (ce Soi Unique). Répétez-le jusqu'à ce que ce soit entré dans votre sang même... que votre corps soit empli de cette seule idée : Je suis celui qui ne naît pas, qui ne meurt pas, l'Ame bienheureuse, éternellement glorieuse."

[Puis, les protagonistes se mirent à comparer entre eux de nombreux passages, dont, par exemple :]

"Je prétends que l'homme est essentiellement libre" (Krishnamurti) => "Nous sommes libres, cette idée d'esclavage n'est qu'une pure illusion" (Vivekananda)
"Le Bonheur réside dans un détachement extrême" (Krishnamurti) => "N'ayez point d'attaches" (Vivekananda)

- Et bien, j'estime que c'est assez concluant (observa enfin le deuxième homme).

- Ce qui est regrettable (dit à son tour le troisième), c'est que Krishnamurti n'ait pas l'art de faire rayonner ses idées. Peut-être sait-il lui-même ce qu'il pense, mais il ne s'entend pas à le communiquer aux autres. Je crois que seuls les gens qui ont été, auparavant, convenablement enseignés par un Maître peuvent réellement saisir ce dont il parle."

- Précisément, (dit le second). Le reste des auditeurs saisit bien le processus de "démolition", mais quant à savoir ce qu'il leur offre pour reconstruire, c'est une question bien différente ! Nous savons le but qu'il vise parce que nous avons étudié l'Advaita.

- [Mais il ne faudra pas oublier] (insista le narrateur) que ce n'était pas une philosophie propre à être diffusée comme la seule voie menant à la libération.

vendredi 5 mai 2006

Quelle implication ésotérique des choix de Krishnamurti ? - 3/3

Krishnamurti

Les passages qui suivent sont présentés sous la forme d'un dialogue entre spiritualistes. Il sont extraits d'un ouvrage dont je tairai les références :

Là où un astrologue occultiste donne son opinion sur sa psychologie


- Qu'éprouveriez-vous si vous aviez été voué à une tâche extrêmement haute et difficile, avant même d'avoir eu le temps de "réaliser" votre propre personnalité et de vous rendre compte de ce que vous attendez de la vie ? Ne comprenez-vous pas ce qui s'est produit ? Dès l'âge de garçonnet, Krishnamurti a vécu sous le poids d'une atmosphère pleine d'idées préconçues, quant à sa mission et à son enseignements futurs... Peut-on s'étonner que, dès qu'il a pu penser par lui-même, il ait opposé un esprit de résistance à l'endroit de presque toutes les choses demandées de lui, et qu'il ait incliné vers une philosophie diamétralement opposée à celle qu'entrevoyait la Société Théosophique ? Le fait même qu'il évite délibérément tous les termes théosophiques - alors que beaucoup lui eussent été très utiles - démontre à l'évidence ce qui se passe dans son inconscient.

- Alors je suppose (dit la femme), que c'est cette même réaction de son inconscient qui entre en jeu, lorsqu'on lui pose des questions au cours d'une de ses conférences, et qui l'incite à lancer, chaque fois, contre la Théosophie quelque allusion désobligeante - même si elle n'a rien à voir avec le sujet traité.

- Exactement ! Et maintenant vous vous rendez compte pourquoi il s'est levé, comme Samson, dans un dernier et terrifique effort pour retrouver sa liberté spirituelle, et a brisé les piliers du Temple de la Théosophie...

- Oui, mais il a, du même coup, écrasé les fidèles rassemblés dans le Temple. Estimez-vous vraiment que la liberté spirituelle d'un seul vaut la souffrance causée à des milliers d'autres ? (fit la femme, un brin provocante).

- Mais vous devez vous rappeler que les fidèles eux-mêmes furent largement responsables de la présente attitude de Krishnamurti... Ce que je voudrais faire entrer dans vos esprits, c'est que les incessantes et contradictoires exigences de la foule des prétendus "disciples" qui suivaient ses conférences, en agissant sur sa sensitive aura, l'ont contraint, par manière d'évasion, à émettre cette théorie que disciples et "organisations" constituent des obstacles à l'évolution, plutôt que des valeurs essentielles. En tout cas, discours et conférences me semble toujours être des coups d'épée dans l'eau... Après tout, tant d'orateurs ne nous servent que de vagues généralisations - à moins que ce ne soient des affirmations dogmatiques sur certains états de conscience qui ne sauraient en aucun cas être expliqués, parce qu'il faut les expérimenter, et qui plus est, pour les expérimenter, être né sous la bonne conjonction d'astres : sous certains signes, dans certaines maisons...

- Eh bien ! Il est des plus évidents que je ne suis pas née sous la conjonction d'astres voulue, (fit la femme, en riant) : la philosophie de Krishnamurti n'est, pour moi, d'aucun profit !

- Bien entendu, (répliqua l'astrologue), elle n'est pas utile à n'importe quelle femme : en fait, seules celles qui ont, en tant qu'hommes et dans des incarnations antérieures, pratiqué le Raja-Yoga - par exemple H.P.Blavatsky et Annie Besant - peuvent en recevoir quelque chose. En somme, comme je viens de le dire et ne crains pas de le répéter, cette manière d'écouter les discours d'autres Egos sur la Fraternité ou tout autre idéal, ne peut donner, en ce qui touche l'auditoire, que des résultats superficiels, qui se révèlent inopérants à la première épreuve sérieuse !

[Pouvons-nous néanmoins nous contenter d'une telle explication, réduisant le choix spirituel majeur de refus de Krishnamurti à la simple dimension psychologique ? Si elle occupe une part des raisons individuelles, une autre vérité plus profonde se dissimule derrière cette apparence : ]

Là où un Maître de Sagesse confie ses pensées sur Krishnamurti


- Je crois comprendre (demanda le narrateur) que vous n'approuvez pas entièrement les méthodes de Krishnamurti ?

- Malheureusement, il n'a pas de véritable méthode, depuis qu'il a pris l'initiation d'Arhat et qu'il a cessé d'être le médium du Seigneur Maitreya. Mieux eût valu, à ce moment-là, qu'il se retirât de la vie publique pour méditer dans la solitude, ainsi que les Arhats des temps anciens.

- Je suis un peu dans le vague, au sujet de cette initiation d'Arhat... (susurra le narrateur à son voisin)

- C'est l'initiation au cours de laquelle le Maître retire toute espèce de direction à l'élève, qui peut avoir à résoudre les plus graves problèmes sans être autorisé à poser une seule question, (expliqua le voisin). Il doit se fier uniquement à son propre jugement et, s'il commet une erreur, en supporter les conséquences.

- Mais que fit alors Krishnamuti ? (intervint le Maître). Ce qu'a coutume de faire le serviteur qui sait qu'on est sur le point de le congédier - et se hâte de donner lui-même son congé : en d'autres mots, il rompit tout rapport avec la Loge Blanche et répudia chacun d'entre nous.

- Bien malheureusement (ajouta l'Instructeur du narrateur), il induisit à agir de même un certain nombre de gens inférieurs à lui dans le domaine de l'évolution spirituelle. De plus, au lieu de diffuser la Doctrine nouvelle dont le monde avait un si immense besoin, il échappa aux responsabilités de sa mission de Prophète et de Maître, en revenant, spirituellement parlant, à une incarnation passée, c'est-à-dire à cette ancienne philosophie de sa race qui vous est familière, mais qui s'avère tout à fait inutile, dans le présent Cycle et pour le Monde Occidental.

- Alors, nous avions donc raison ! (s'exclama le narrateur). C'est bien la philosophie de l'Advairté ? [l'Instructeur fit signe que oui].

- Cependant, le public auquel il s'adresse s'imagine qu'il reçoit un Message nouveau et, comme tel, ce Message l'impressionne trop fortement, (dit à son tour le Maître). Le Message que Krishnamurti devait apporter, il ne l'a pas délivré, ou n'en a délivré qu'une partie : rien qui touche à l'Art ; nul plan concernant la nouvelle sous-race ; nul programme éducatif. En lieu et place de tout cela, l'Advaita - une philosophie pour disciples et l'une des voies de Libération les plus fréquemment mécomprises.

- Faut-il donc admettre (hasarda le narrateur), que la mission de Krishnamurti est une faillite totale ?

- Ami, (dit le Maître), vous posez beaucoup de question... Quel usage ferez-vous de nos réponses, si nous vous contentons ?

[Bien qu'ayant grande envie de se confondre en excuses, le narrateur se sentit poussé à exprimer ce qu'il avait au fond de l'esprit :]

- Maître (répliqua-t-il), à cause de Krishnamurti, bon nombre de gens sont dans une grande détresse ; si vous vouliez être assez aimable pour m'éclairer un peu sur ce sujet, je serais peut-être à même de les éclairer eux.

- Bon ! (s'écria le Maître). Le mobile est pur : il sera répondu à vos questions. [...] Celui qui, essayant d'enseigner l'Advaita, néglige de se servir des termes du sanscrit, se condamne déjà par là à l'insuccès. Les mots sanscrits engendrent une vibration occulte qui se perd dans la traduction. Les termes occidentaux ne se prêtent pas à la description d'états de conscience subjectifs, leurs associations d'idées étant pour la plupart trop terrestres. Mon frère Kout Houmi a très justement dit que Krishnamurti avait détruit les nombreux escaliers qui menaient à Dieu, tandis que le sien propre demeurait incomplet...

- Et ne saurait nullement convenir à tous les types d'âmes humaines (ajouta l'Instructeur du narrateur)

- ... donc incomplet (reprit le Maître, suivant son idée), et ceci peut conduire ceux qui tentent de le gravir à des dangers inattendus. Danger numéro un : Krishnamurti, ayant rejeté des définitions et classifications consacrées par le Temps, laisse ceux qui aspirent à a vie spirituelle sans aucune véritable échelle de valeurs. Danger numéro deux : gravir un chemin personnel nécessite une méditation presque constante, laquelle à son tour exige la constante protection d'un Maître - or le Maître n'est pas admis par Krishnamurti (conclut-il, avec un malicieux clin d'oeil).

- Mais, (demanda le narrateur), la protection d'un Maître est-elle toujours nécessaire pour la méditation - je veux dire lorsqu'elle est pratiquée à petites doses ?

- Naturellement un degré modéré de méditation peut se pratiquer en tout sécurité sans Maître, (répliqua l'Instructeur du narrateur). Comme le dit [le Maître], la méditation longuement prolongée mène à certains états de conscience et à des évasions sur d'autres "plans" qui rendent la direction d'un Maître absolumment indispensable. Un autre défaut de ce pseudo-Advaita que prêche Krishnamurti, c'est qu'il s'adresse à la "personnalité" (à l'homme sur le plan physique) tout comme s'il était la Monade ou, du moins, l'Ego. Sans doute que la Monade est la divine Etincelle, est l'Existence, la Connaissance et la Félicité absolues - et par conséquent éternellement libre ; mais il ne s'ensuit pas que la "personnalité" vivant ici-bas sous l'oppression de difficultés karmiques qui semblent ne devoir jamais finir, soit à même de partager cette Conscience absolue de la Monade - ni même celle de l'Ego, qui constitue le lien entre la "personnalité" et la Monade. L'Advaitisme de Krishnamurti, qu'il ne faut pas confondre avec la forme reconnue de cette noble philosophie, ne peut, je le crains, mener ses adeptes nulle part - si ce n'est, peut-être, à l'hypocrisie et au manque de sincérité envers soi-même. Et, après les avoir incités à répudier tous les Maîtres, il se refuse, lui-même, à être leur Gourou. Des enfants criant dans l'angoisse de la nuit spirituelle - et personne pour les réconforter... Celui qui pourrait leur venir en aide s'y refuse et nous, qui voudrions les secourir, nous sommes impuissants, car le Doute a empoisonné leur croyance en notre existence même.

[un peu plus tard]

- Me pardonnerez-vous, (dit le narrateur) si je reviens au sujet que nous discutions ?

- Quoi ? Des questions encore ? (répliqua le Maître avec une feinte sévérité) ; vous nous présenterez sous peu un dictionnaire. Eh bien, allez-y !

- Vous vous rappelez peut-être que je vous ai demandé si la mission de Krishnamurti devait être considérée comme un complet échec ?

- C'est juste. On peut dire qu'elle fut une réussite tant qu'il fut adombré par le Maître du Monde, mais plus tard, une faillite. Il fit de bon travail en enseignant aux gens à user de leur propre jugement, et en leur faisant comprendre... (le Maître s'interrompit et fit signe à l'Instructeur du narrateur). Allons, allons, (dit-il malicieusement), il s'agit de votre disciple, et vous laissez le vieux Monsieur faire tout l'ouvrage !

- Il est mieux entre vos mains qu'entre les miennes (dit l'Instructeur du narrateur en riant - néanmoins, il expliqua à son tour :). Krishnamurti est venu pour briser le vieil ordre de choses, en prévision de l'ordre nouveau. Mais il a démoli beaucoup trop d'élements du passé et il n'a rien préparé pour l'avenir. Néanmoins l'ordre ancien n'est plus et ne saurait être ressuscité. Le temps de l'aveugle obéissance à des chefs est également passé - le salut ne saurait être obtenu par le seul culte rendu à des personnalités dont on accueille chacune des paroles comme un évangile ; car accepter n'est pas nécessairement comprendre. Même un Etre aussi grand que Bouddha disait : "Ne croyez jamais une chose simplement parce que je vous la dis !". L'on peut définir Krishnamurti comme un précurseur dont ce Cycle particulier avait besoin, mais non pas comme le Maître du Monde.

- Mais pourquoi, même un précurseur... (commença le narrateur).

- Qui peut s'arroger le droit de juger quelqu'un sans connaître ses difficultés ? (interrompit le Maître). Toute qualité a forcément son revers. Ai-je besoin de vous demander si vous avez entendu Parsifal ? Non, car vous aimez, comme moi, passionnément la musique. Krishnamurti a la noble simplicité d'un Parsifal : ayant atteint, lui-même, un certain état de conscience et d'évolution, il ne sait pas voir, dans sa modestie, que les autres sont très loin d'y être parvenus. C'est pourquoi il leur prescrit ce qui ne convient qu'à lui-même.



Afin de faciliter les échanges autour de Krishnamurti qui ont été très nombreux au fil des années sur ce site, les commentaires de ce billet sont désormais suspendus. La discussion peut cependant se prolonger sur le forum du Miroir de l'Urobore, directement en cliquant à cette adresse.

Ce billet a donné naissance à un très long échange sortant largement du sujet d'origine. Au-delà de la lourdeur technique des 1350 (sic.) commentaires qui entraînait des difficultés pour la rédaction de nouvelles réponses, j'ai pris conscience de la présence de très nombreux propos injurieux allant même jusqu'à un salut hitlérien.

J'ai donc déplacé momentanément tous les commentaires vers un billet uniquement dévolu à la consultation. En revanche, j'ai conservé la poignée de commentaires que j'estime rester dans le cadre du sujet de ce billet, à savoir la posture de Krishnamurti par rapport à une spiritualité ésotérique.

Le reste me semblant être du hors sujet (ce billet n'a pas pour vocation à servir de tribune personnelle), dans une poignée de semaines, cette page d'archives sera purement et simplement supprimée. Je prie les intervenants ayant échangé avec le visiteur incriminé de bien vouloir me pardonner la suppression de leurs propos avec l'ensemble du fil de discussion.